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À Lachine au debut du 20e siècle

Vers 1920

Avant Après
Photo courtoisie du Centre de documentation de Pointe-à-Callière, Fonds Christian Paquin, Carte postale « Lachine Wharf » vers 1910.
Photo Chantal Poirier

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À la traverse de Lachine

Sur le quai de la 34e Avenue, à Lachine, la foule attend avec impatience le bateau à vapeur. Peut-être les mènera-t-il à «Caughnawaga» (Kahnawake) ou encore iront-ils «sauter» les fameux rapides grâce aux habiles pilotes mohawks? Avant l’inauguration du pont Honoré-Mercier en 1934, le voyage sur l’eau s’impose. La traverse est, depuis 1852, un relais obligatoire pour accéder au chemin de fer reliant Montréal et Plattsburgh. Comme les personnages de Bonheur d’occasion, les Montréalais considèrent que Lachine est une destination de villégiature, d’autant plus qu’elle est facilement accessible par train et tramway. Une fois sur place, les expéditions à la plage et les excursions en bateau ont la cote. Celle qui mène à Kahnawake permet d’aller voir des danses autochtones, de visiter le musée de la maison longue ou d’acheter de l’artisanat. Plusieurs traversiers font le voyage d’avril à octobre, dont le Sir Henry, le Lafayette et le MS Jacques-Cartier.

Le MS Jacques-Cartier

Photo courtoisie de la Société d’histoire de Lachine, Don de Mme Pierrette Grégoire, Inauguration du traversier Jacques Cartier en 1924.

Les drapeaux flottant au vent, la bouteille de champagne heurte la coque du navire sous les acclamations de la foule. C’est en grande pompe qu’Adélard Martin, alors président de la Compagnie de navigation de Lachine & Caughnawaga, inaugure en 1924 le MS Jacques-Cartier aux chantiers de la Davie Shipbuilding & Repairing Co., Ltd. à Lauzon (Lévis). Pouvant accueillir 40 automobiles, le MS Jacques-Cartier effectue la traversée entre Lachine et Kahnawake pendant une dizaine d’années. Il sillonne par la suite le fleuve, comme traversier entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine, puis entre Rivière-du-Loup et Saint-Siméon, mais aussi comme cargo de bois entre Pointe-au-Pic et Pointe-aux-Orignaux. Converti en bateau de croisière par la famille Harvey, il navigue sur le fleuve de l’île aux Coudres à Trois-Rivières. Remisé en 2012 à la retraite du capitaine Luc Harvey, le MS Jacques-Cartier reprendra la mer en 2018 après une remise à neuf. Continuant la tradition familiale, le capitaine Michel Harvey offrira de courtes croisières alliant confort et aventure.

Martin & Cie

Photo courtoisie de la Société d’histoire de Lachine, Fonds André Gélinas, Magasin Martin et Cie vers 1920.

Le premier propriétaire du MS Jacques-Cartier, Adélard Martin, n’avait pas un, mais bien deux commerces à Lachine! Avec le boulanger Henri Morin, Adélard et son frère Alfred tiennent un magasin général, situé au 393 (2161), boulevard Saint-Joseph, depuis 1876. Si l’arôme du bon pain attire les ménagères, leurs maris fréquentent sa quincaillerie, en face, au 404 (2166). En plus de la moulée, les résidents y commandent des semences, de la farine, du charbon, du bois et des matériaux. M. Martin et son gérant, Anatole Carignan, gèrent aussi la traverse à ce magasin. Adélard Martin et son épouse, Emma Robillard, connaissent un chagrin hélas trop commun à l’époque. De leurs 12 enfants, seules l’aînée et la cadette, Ada et Marie-Jeanne, survivent. Adélard Martin connaît des revers financiers peu avant son décès, en 1927. Si le magasin général ferme durant la Crise, Anatole Carignan sauve la quincaillerie et les traversiers. Se relevant de la faillite, Henri Morin et son beau-frère, Lucien Martin, lancent les «Pains Martin» en 1941.


♦ Le Centre d’histoire de Montréal tient à remercier chaleureusement la Société d’histoire de Lachine pour sa collaboration à cette chronique, ainsi que Pierrette Grégoire (la petite-fille d’Adélard Martin) et André Robichaud pour leurs précieux témoignages sur l’histoire de la famille Martin.