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Les pyramides dévoilent leurs secrets

Une équipe de l’Université Laval collabore à une mission scientifique inédite

Entrevue avec Xavier Maldague (centre), Clemente Ibarra Castanedo (gauche) et Matthieu Klein (droite) pour des recherches sur les pyramides d'Égypte.
Photo Didier Debusschère Entrevue avec Xavier Maldague (centre), Clemente Ibarra Castanedo (gauche) et Matthieu Klein (droite) pour des recherches sur les pyramides d'Égypte.

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Des chercheurs des quatre coins de la planète sont réunis dans le cadre d’une mission scientifique qui vise à révéler les secrets enfouis dans les entrailles des pyramides d’Égypte, grâce à de l’équipement ultra-sophistiqué. À l’Université Laval, une équipe collabore à ce projet de recherche inédit, qui a permis de faire des découvertes scientifiques prometteuses au cours de la dernière année. Pour faire le point sur leurs travaux, Le Journal s’est entretenu avec Xavier Maldague, professeur en génie électrique, Clemente Ibarra Castanedo, professionnel de recherche, et Matthieu Klein, collaborateur scientifique. Voici un résumé de leurs propos, en cinq questions.


Quels travaux de recherche et percées scientifiques ont été effectués au cours de la dernière année?

L’équipe de M. Maldague utilise la thermographie infrarouge afin de découvrir des structures à l’intérieur de la pyramide, proches de la surface. Cet été, Clemente Ibarra Castanedo s’est rendu en Égypte pour effectuer des relevés avec une caméra infrarouge sur la face nord de la pyramide de Khéops, érigée il y a plus de 4500 ans. Les données ont été recueillies à trois reprises pendant une période de 24 heures.

Des anomalies thermiques ont été relevées, laissant présager l’existence de cavités secrètes à l’intérieur. Cette hypothèse a par la suite été confirmée par une équipe de chercheurs japonais et français qui utilisent la radiographie par muons (des particules semblables aux électrons, mais avec une masse plus grande) pour détecter la présence de zones vides à l’intérieur des pyramides.

Qu’est-ce que cette découverte nous permet d’apprendre sur la structure interne de la pyramide de Khéops?

Modélisation 3D de la pyramide de Khéops réalisée dans le cadre du projet Scan Pyramids Mission, auquel participe une équipe de l'Université Laval.
Photo courtoisie
Modélisation 3D de la pyramide de Khéops réalisée dans le cadre du projet Scan Pyramids Mission, auquel participe une équipe de l'Université Laval.

Cette nouvelle cavité pourrait être l’entrée principale ayant servi à porter la dépouille du pharaon à son dernier repos, un accès qui a été refermé par la suite et qui diffère de l’entrée présentement utilisée par les touristes pour visiter l’intérieur de la pyramide, explique M. Maldague. «Ce serait logique que ce soit ça», laisse-t-il tomber. Or, ce sera maintenant au tour des archéologues et des égyptologues d’interpréter ces nouvelles informations, ajoute Matthieu Klein. «Notre rôle, c’est d’essayer de leur fournir des données fiables sur lesquelles ils peuvent se baser pour élaborer leurs théories», dit-il.

Est-ce que d’autres percées ont été faites qui permettraient d’en apprendre davantage sur le mystère entourant la construction des pyramides?

Une équipe de la Scan Pyramids sur le terrain, près d'une des pyramides d'Égypte.
Photo courtoisie
Une équipe de la Scan Pyramids sur le terrain, près d'une des pyramides d'Égypte.

Les équipes de chercheurs travaillant avec la radiographie par muons ont aussi découvert deux autres cavités, d’environ 9 mètres cubes, situées sous les arêtes des pyramides. Une cavité semblable était déjà connue, mais le fait d’en avoir trouvé deux autres semblables change la donne. «Probablement qu’il y en a aussi sous d’autres arêtes, affirme Matthieu Klein. Il y a peut-être un lien intéressant à faire pour expliquer comment les pyramides ont été érigées. Est-ce que ça aurait pu avoir servi à stocker quelque chose lors de la construction?»

À quelles difficultés techniques avez-vous été confrontés sur le terrain?

Clemente Ibarra Castanedo, professionnel de recherche à l'Université Laval, lors de sa mission à l'été 2016 avec Scan Pyramids.
Photo courtoisie
Clemente Ibarra Castanedo, professionnel de recherche à l'Université Laval, lors de sa mission à l'été 2016 avec Scan Pyramids.

«À la redoutable bureaucratie égyptienne!» laisse tomber M. Maldague en riant. Lors de la mission réalisée par Clemente Ibarra Castanedo l’été dernier, l’équipement a été retenu plusieurs jours par les services frontaliers égyptiens. «Tous les papiers étaient en règle, mais en arrivant là-bas, on nous a dit à la douane qu’il manquait encore quelque chose», raconte M. Castenado, qui n’a pu réaliser son travail selon l’échéancier prévu. «On avait prévu faire des relevés sur deux ou trois faces de la pyramide, mais on a dû se contenter de la face nord», explique-t-il.

En plus de la bureaucratie égyptienne, l’équipe sur place a dû aussi composer avec les tempêtes de sable, les pannes de courant et les contrôles de sécurité sur le site, qui rendent parfois difficile l’accès aux pyramides, même pour les chercheurs. «En Égypte, tout peut arriver!» lance M. Maldague.

Qu’est-ce qui est prévu pour la prochaine année comme travaux de recherche dans ce projet?

D’autres équipes de chercheurs retourneront en Égypte pour poursuivre leurs travaux. De son côté, l’équipe de l’Université Laval est en recherche de subventions afin d’entreprendre la deuxième phase de ses travaux. «On a atteint la limite de ce qu’on peut faire avec l’équipement qu’on a», affirme M. Castanedo. L’équipe espère obtenir 800 000 $, ce qui lui permettrait d’installer une caméra infrarouge fixe à l’extérieur de la pyramide, sur un poteau d’éclairage, afin d’effectuer des relevés quotidiens pendant trois ans. «Plus on va attendre, plus on aura l’occasion d’enregistrer le parcours des ondes thermiques et plus on pourra voir loin à l’intérieur» de la pyramide, explique M. Maldague. Les données seraient transmises par réseau cellulaire directement dans les serveurs de l’Université Laval, où elles seraient analysées si le financement est au rendez-vous. «L’argent, c’est le nerf de la guerre, ajoute le professeur. C’est vrai aussi pour la recherche.»

La mission Scan Pyramids en bref

Cette mission de recherche d’une ampleur sans précédent est pilotée par l’Institut français Héritage, Innovation, Préservation, sous la gouverne du ministère égyptien des Antiquités nationales.

3 MÉTHODES SONT UTILISÉES

Thermographie infrarouge : permet de détecter, grâce au parcours des ondes thermiques, des variations de température qui révèlent des anomalies dans les structures.

Radiographie par muons : les muons sont des particules qui peuvent traverser les roches de grande épaisseur. L’analyse de leur trajectoire permet de détecter des zones vides à l’intérieur des pyramides.

Création de modèles en 3D : à l’aide de drones, la photogrammétrie est utilisée pour reconstituer en 3D les pyramides, les temples et le Sphinx de manière ultra-précise, au centimètre près.