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Refaire sa vie à Londres

Une femme a débarqué en Angleterre avec rien d’autre qu’une valise après un an de dépression

Changement de vie Elvan Karaer Londres
Photo courtoisie Elvan continue de découvrir Londres jour après jour et peine encore à croire que le fameux Big Ben fait partie de son quotidien. «J’ai encore mes yeux de touriste.»

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Lasse de sa vie ici après une sévère dépression et une perte d’emploi, une jeune femme de Québec a fait le choix de tout laisser derrière et de partir vers Londres où elle n’avait strictement rien. Ni contacts, ni emploi, ni logement, seulement une valise et une réelle envie de changement.

Elvan Karaer a toujours ressenti ce besoin de découvrir le monde, mais il s’est intensifié le jour où son médecin l’a mise en arrêt de travail pour une dépression. Cette «claque au visage» est devenue le point de départ d’une aventure qui a changé sa vie du tout au tout.

«Ç’a été l’élément déclencheur qui a fait que je me suis posé la question: “Qu’est-ce que je fais ici?” Je sentais que j’étais à Québec en attendant, mais je ne savais pas en attendant quoi», explique celle qui travaillait en création web et dans le milieu événementiel.

«J’avais une vie établie à Québec avant tout ça. J’avais un emploi, un condo, un chat, le classique, quoi. Et j’étais la fille aux 40 millions de projets. J’avais toujours trois, quatre nouveaux trucs dans lesquels je me lançais et, malgré ça, il me manquait quelque chose.»

Retrouver ses repères

Après six mois à ne plus se reconnaître, la jeune femme décide de se prendre en main et de chercher où elle pourrait trouver le bonheur. «Tout prend le bord quand tu tombes malade. Tu n’as plus de repères. Mais après six mois, j’étais écœurée d’être dans mon appart et que ma vie vire en rond. J’avais un peu d’argent de côté, donc j’ai décidé d’aller passer deux semaines à Londres et ç’a été le coup de foudre», raconte-t-elle avec un petit sourire en coin en repensant à cette première rencontre avec celle qui allait devenir «sa ville».

Au retour de ce voyage de deux semaines, Elvan Karaer met tout en place pour déménager définitivement puisqu’elle ne trouve aucun travail qui lui convient à Québec. «C’était toujours la même chose qui revenait, les mêmes jobs, les mêmes boîtes.» Si certains l’accusent de fuir, il n’en est rien, assure celle qui n’a jamais regretté cette décision.

Changement de vie Elvan Karaer Londres
Photo courtoisie

«Ce n’était pas comme Mange, Prie, Aime où je me séparais de mon mari et que je laissais mon job de rêve. Ce n’était pas une fuite, parce que j’avais réglé ce que j’avais à régler à Québec avant de partir», souligne la jeune femme.

Une métropole humaine

Installée en Angleterre depuis maintenant un an, Elvan Karaer s’est déjà refait une vie. Nouveau cercle d’amis, excellent emploi dans son domaine et un continent entier à portée de main, la jeune femme file le parfait bonheur. «Je voyage vraiment plus depuis que je suis ici. Amsterdam est à une heure d’avion et ça coûte 70 £ pour un vol aller-retour. J’irais dans un bon resto et ça me coûterait aussi cher», raconte-t-elle.

À Londres, elle a aussi trouvé une métropole qui la surprend jour après jour autant dans les services que dans ses relations humaines. «Les gens m’ont dit à mon arrivée que ça pouvait être vraiment long d’avoir rendez-vous avec un médecin. Quand ils m’ont dit “deux semaines”, je suis partie à rire», raconte-t-elle à propos de l’efficacité qui règne un peu partout.

Comme plusieurs, la jeune femme s’est permis de reproduire la fameuse photo des Beatles sur la traverse piétonne d’Abbey Road.
Photo courtoisie
Comme plusieurs, la jeune femme s’est permis de reproduire la fameuse photo des Beatles sur la traverse piétonne d’Abbey Road.

Elle a aussi été frappée de la gentillesse des gens et de leur «confiance en la bonne foi de l’être humain». «J’ai pu voter au Brexit – comme je viens d’un pays du Commonwealth –, et la dame ne m’a pas demandé de pièce d’identité en me disant qu’elle faisait confiance à ma bonne foi. Les gens sont comme ça ici», s’étonne la Québécoise qui admet que les récents attentats ont tout de même laissé des traces.

Changer de vie, toute une aventure

  • Sur son départ avec une seule valise : «J’ai failli me chicaner avec la dame au comptoir de l’aéroport parce qu’on voulait me demander un prix de fou pour quelques grammes de trop. J’ai fait les petits yeux qui disaient “madame, donnez-moi une chance, c’est toute ma vie qui est dans cette valise-là!”»
  • ­­­Sur son arrivée à Londres : «Je suis arrivée en fin de journée, en pleine heure de pointe. J’étais dans le métro avec mon sac à dos, mon oreiller et ma gigagrosse valise! Je rentrais dans tout le monde, les gens me haïssaient. Et le pire, je ne savais même pas où j’allais dormir. Je me demandais si je ne ferais pas mieux de retourner à la maison!»
  • Sur ses premiers emplois et le coût de la vie à Londres : «Le premier été, je travaillais dans des pubs à 7 £ de l’heure, ce qui est sous le seuil de pauvreté ici. Je marchais au lieu de prendre le bus pour économiser de l’argent. Je ne pouvais pas me payer le métro ou même décompresser en buvant une pinte à 5 £. Mais malgré ça, malgré le fait que je vivais à remplir des bouteilles de ketchup, ma mère me disait que je n’avais jamais semblé aussi heureuse.»