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La classe de Mme C.: l’étoile filante

Illustration Fotolia
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J’entre dans le poste d’essence pour payer après avoir fait le plein. Et je le reconnais, à la caisse. Tout de suite. Même sourire. Mêmes yeux rieurs. Même verve.

Il doit bien mesurer 6 pieds maintenant.

Et lui aussi il m’a reconnue.

C’est Alex. Il a été mon élève. Il y a six ou sept ans maintenant. Genre d’élève que l’on n’oublie pas.

Pas parce qu’il était TDAH avec tout ce que cela implique. Comme énergie. Patience. Pénurie de patience. Souplesse. Soutien. Réussites. Échecs. Échanges avec les parents.

Mais parce que c’était tout un original. Un esprit libre. Éclaté. Créatif. Avec des réponses à tout. Et des questions.

Du vocabulaire. Des connaissances.

Et branché sur le 220 volts.

Je suis émue. Le voir en jeune adulte. Derrière son comptoir.

Posé. Sérieux. Solennel.

L’image que j’avais gardée de lui était celle d’un drummer. Sur son manuel de Sciences. Avec deux crayons HB pour baguettes.

L’enfant au tambour, hyperactif.

Frisettes ébouriffées. Lunettes croches.

Ils finissent donc par grandir eux aussi, ces increvables «gigoteux»? Se poser?

Ça me touche.

Seuls sur Mars

Je l’ai vu pousser dans l’école avant de l’avoir dans ma classe, Alex.

Du préscolaire à la 6e année. Faire voler ses avions imaginaires, dans le rang. Courir dans l’école. Tout le temps. Sans ses souliers.

Faire le ninja en haut de la butte de neige. Puis débouler dans la pente, tête première.

Pas de pantalon de neige. Parce qu’il a oublié de l’enfiler pour sortir. Les bottes à l’envers.

Et des mitaines dépareillées. Sa mère a dû lâcher prise là-dessus.

Se relever puis aller rejoindre son alter ego. Un spécimen comme lui. Dans un monde à mi-chemin entre un tableau de Mario Bros et un film de Jacky Chan.

Fascinant de voir à quel point ces enfants ont le don de se reconnaître entre eux. S’unir. Devenir des alliés de la cour de récréation. Probablement parce qu’ils parlent le même langage. Un drôle de dialecte. D’une planète inconnue. Mieux, inventée.

Un jour, c’est dans ma classe qu’il a bondi, ce Tigrou extra-terrestre.

Suivre sa voie lactée

Sur son pupitre s’entasse continuellement une quantité infinie de bébelles.

Les roues d’une petite voiture démontée. Des bouchons mâchouillés. Un trognon de pomme. Une pile AA. Des attaches à pain. Une vieille feuille lignée pliée en éventail. Un compas brisé.

Et des dessins. Des millions. Des BD. Des caricatures.

Surtout, des croquis d’avions. Précis et détaillés.

Avec un coup de crayon d’artiste.

Comment peut-il ne pas pouvoir écrire sur les lignes d’un cahier Canada, mais être si doué en dessin? Et dans les idées.

Leonard de Vinci.

Et son cahier de maths. Qui détonne dans cette espèce de décor de brocante.

Je n’ai aucune idée de la voie que va prendre Alex.

Lui non plus, j’imagine. À 17 ou 18 ans, on le sait rarement.

Mais j’espère qu’il se souvient d’où il est parti. Du chemin qu’il a fait.

Et de tout ce qui l’allumait. Le faisait vibrer. Le rendait unique.

Parce que moi, je m’en souviens...