/opinion/columnists
Navigation

Cessons de financer le sport professionnel

John Malone, le PDG de Liberty Media, le proprio de la F1
Photo AFP John Malone, le PDG de Liberty Media, le proprio de la F1

Coup d'oeil sur cet article

La Ville de Montréal, le gouvernement québécois et le fédéral iront chercher 98,5 millions dans les poches du contribuable pour le privilège d’ajouter cinq ans au Grand Prix du Canada, entre 2025 et 2029.

Ce qui représente une augmentation de 5 % sur le contrat actuel. Nommez-moi des travailleurs essentiels au bien public — comme les préposés en CHSLD — qui reçoivent une augmentation de 5 % par année pendant cinq ans et je vous demanderai l’adresse de votre pusher.

Je ne suis pas opposée à la tenue du Grand Prix du Canada à Montréal, même si, à mes yeux, ce sport inintéressant attire des kétaines riches, mais quand j’ai entendu cette nouvelle, j’ai dit à la manière de la première ministre britannique Theresa May, «assez, c’est assez».

On se plaint des subventions accordées à Bombardier, dont les retombées économiques, même quand les choses vont mal, ne font aucun doute, mais, obnubilés par le glamour du sport professionnel, le plus gros «siphonneur» d’argent public qui soit, nos dirigeants signent des gros chèques sans même se poser de questions sur la moralité de l’affaire.

Club de milliardaires

Liberty Media, le nouveau proprio de la F1, appartient au géant américain des télécommunications, John Malone, surnommé Darth Vader par l’ex-vice-président américain Al Gore qui n’aimait pas ses pratiques commerciales. Monsieur Malone, qui vaut 7 milliards $ US, est aussi le plus grand propriétaire terrien aux États-Unis, selon la BBC, avec 2,1 millions d’acres dans le Maine et le New Hampshire.

A-t-il vraiment besoin de nos maigres millions pour devenir encore plus riche?

Le sport professionnel exemplifie le capitalisme qui écœure. C’est fou: les salaires des athlètes, le chantage émotif («financez-nous ou vous perdrez votre équipe»), le prix des billets pour des gens qui ont déjà défrayé une partie des coûts avec leurs impôts, les rabais sur les taxes municipales, etc.

Edmonton est passé par là en 2013. Le proprio, Daryl Katz (qui vaut 2,9 milliards $ US selon Forbes) a menacé de déménager les Oilers à Seattle. Il a obtenu son aréna de 614 millions $, dont 313 millions $ payé par la ville.

Pas de cœur

Gary Bettman préfère développer le marché chinois que de mettre ses billes — et les nôtres — dans une équipe de la LNH à Québec, à ses yeux un petit marché insignifiant, malgré son amphithéâtre tout neuf. Que du sang bleu coule dans les veines des partisans, que le logo des Nordiques soit tatoué sur leur cœur ne l’émeut pas. Seuls les billets verts le font vibrer.

Aux États-Unis, pays de la libre entreprise, c’est le même cirque. Les villes et les États crachent les subventions sur demande même si la majorité des études sérieuses indiquent que les retombées n’atteignent jamais les sommets stratosphériques promis par les promoteurs.

Ce sont les ego, surtout, qui gonflent. Là est le secret du financement du sport professionnel par des deniers publics. Nos dirigeants ne peuvent résister au prestige que génère une association avec des stars du sport professionnel.

Zut, je n’ai plus de place pour parler du baseball à Montréal.