/opinion/columnists
Navigation

De la diversité!

De la diversité!
Photo Agence QMI, Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

En matière d’immigration, le gouvernement du Québec a toujours été à l’avant-garde. Dès la Révolution tranquille, il a innové en se prévalant en 1965 de l’article 95 de la Constitution canadienne qui fait de l’immigration l’une des compétences partagées, a mis en place des services d’information et de recrutement à l’étranger et s’est doté, dès 1968, d’un ministère de l’Immigration.

Depuis, ce ministère a changé de nom, au gré des sensibilités politiques des partis au pouvoir. De ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration, il est passé à ministère des Affaires internationales, de l’Immigration et des Communautés culturelles, puis à ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration et à ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

Diversion sémantique

Depuis le 23 avril 2014, le gouvernement Couillard va évacuer l’une de ses missions essentielles, celle de l’intégration des communautés culturelles, en le renommant ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (le MIDI). Et quoi de mieux qu’une diversion sémantique pour détourner le débat et donner l’impression que le gouvernement innove.

La diversité? Qu’est-ce qu’elle mange en hiver au juste? Parler de l’intégration des Québécois issus de l’immigration, c’est plus précis. C’est reconnaître que certaines communautés peuvent avoir plus de difficulté que d’autres ou poser des défis plus grands à la société d’accueil. C’est répondre d’une exigence, celle de l’imputabilité du gouvernement.

Noyer le poisson

Les communautés culturelles représentent des réalités bien concrètes qui sont loin d’être monolithiques. Sur 1 265 523 immigrants admis au Canada de 2007 à 2011, 19,4 % l’ont été au Québec, soit 245 606 (source: Compilation du MIDI, effectuée en 2012, à partir de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011).

Quand on sait que le Québec compte, aujourd’hui, plus de 200 religions et 150 langues, c’est un véritable défi à visage humain, qu’on ne peut évacuer sous l’appellation de la diversité. Il y a lieu de s’approprier ces enjeux et de préparer la société et les institutions publiques à vivre ce pluralisme, dans l’harmonie.

La diversité est une notion vague à souhait qui va de la diversité des genres à la diversité des opinions en passant par la diversité des espèces, des couleurs, des intérêts, des goûts et de la diversité en toute chose.

Elle ne rend compte ni des attentes de la société d’accueil, ni de l’expérience d’intégration des Québécois issus de l’immigration et des obstacles structurels et institutionnels qu’ils rencontrent dans leur parcours d’insertion.

Nier une réalité

Or, ramener les communautés culturelles à une simple question de diversité, c’est nier leurs spécificités et leurs besoins particuliers et faire de l’intégration une simple juxtaposition d’ethnies et de cultures hétéroclites, sans véritable adhésion à des valeurs communes.

La meilleure façon de nier une réalité, c’est de ne pas la nommer. Les Québécois en savent quelque chose depuis le temps qu’ils demandent au reste du Canada de reconnaître la notion de nation québécoise. On y patauge toujours!

Au lieu de nous servir la diversité à toutes les sauces, sous le signe de l’inclusion, du racisme systémique ou de la tolérance, parlez-nous donc des vraies affaires, des vrais défis de l’intégration, car il y en a, dans nos écoles, dans nos hôpitaux, dans le marché du travail, et dans nos régions.

Où sont les résultats ?

D’aucuns associent la diversité au virage multiculturaliste du gouvernement Couillard, une façon de cacher son malaise face à son maigre bilan au chapitre de l’intégration des Québécois issus de l’immigration dans la fonction publique.

Ce gouvernement est au pouvoir depuis plus de trois ans. Il s’apprête, à la veille de la prochaine campagne électorale, à instrumentaliser le vote ethnique, en organisant une commission sur le racisme systémique pour masquer son propre échec à refléter le pluralisme dans les organisations publiques. Pourtant, il s’agit là d’une mission qui relève de sa compétence. Il en a le pouvoir et les moyens.

Au lieu de se réfugier derrière des vocables creux comme celui de la diversité, pourquoi ne pas lancer un chantier d’équité en matière d’emploi pour les Québécois issus de l’immigration dans la fonction publique, avec un échéancier et des objectifs précis, à court et moyen terme?

Poser la question c’est y répondre et y répondre c’est présenter un bilan gouvernemental chiffré, non pas en termes d’apologie de la diversité, mais en termes de nombre d’employés des communautés culturelles embauchés et promus dans chacun des ministères et organismes gouvernementaux.