/news/currentevents
Navigation

Une veuve peut enfin respirer

Après l’arrestation des présumés meurtriers de son conjoint, elle veut prouver en cour qu’il n’était pas un criminel

D'Onofrio
Photo COURTOISIE Depuis le meurtre de l’amour de sa vie, Lina Simone ne peut s’empêcher de penser qu’elle en est responsable, puisqu’il l’attendait patiemment au café où il a été tué.

Coup d'oeil sur cet article

La veuve d’un homme assassiné par erreur il y a un an dans un café italien de Montréal dit avoir enfin recommencé à vivre maintenant que les présumés meurtriers ont été arrêtés, elle qui a passé la dernière année à convaincre son entourage que son conjoint n’était pas un criminel.

«Ça fait un an que je me bats pour prouver à tout le monde qu’il n’avait rien à voir là-dedans et qu’il y avait erreur sur la personne, a confié Lina Simone, en larmes. Maintenant, ça risque d’être démontré publiquement en cour.»

Au début de l’été dernier, la femme de 52 ans a perdu son âme sœur parce qu’il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.

Jeff Joubens Theus, 25 ans et Ebamba Lufiau, 28 ans, ont été arrêtés la semaine dernière et accusés de meurtre. Les deux hommes, membres d’un gang de rue, auraient commis le crime pour la mafia italienne, selon nos informations.

Jeff Joubens Theus<br>
<i>Accusé</i>
Photo Courtoisie
Jeff Joubens Theus
Accusé
Ebamba Lufiau<br>
<i>Accusé</i>
Photo Courtoisie
Ebamba Lufiau
Accusé

«Ils sont aussi partis avec mon âme, cette journée-là», a soufflé la quinquagénaire, la voix écorchée par les sanglots.

Pas lié au crime organisé

À l’époque, plusieurs médias avaient rapporté que la victime avait déjà été liée au crime organisé. Or, sa veuve est catégorique: c’est complètement faux.

Comme il le faisait plusieurs fois par semaine, Angelo D’Onofrio était assis à sa table habituelle, seul et près de la fenêtre, au café Sinatra, dans Ahuntsic, le 2 juin 2016. Il sirotait son expresso et lisait son journal en attendant patiemment 17 h 15. À cette heure, sa douce revenait du travail et passait en voiture devant le café. Les tourtereaux se lançaient alors un regard complice. C’était leur rituel. C’était aussi une façon pour le retraité de 72 ans de savoir que c’était le temps de rentrer à la maison. Cette journée-là, peu avant 16 h, l’ex-entrepreneur a été assassiné. Les suspects, qui l’auraient confondu avec un mafieux, avaient pris la fuite.

«Ça fait un an que je me dis que c’est de ma faute parce qu’il m’attendait au café», a raconté Lina Simone, incapable de cesser de pleurer.

Amour fou

La femme, qui travaille comme analyste de crédit, et Angelo D’Onofrio n’ont jamais souhaité se marier. Malgré les 20 années qui les séparaient, la chimie s’est installée automatiquement et, pour eux, un «bout de papier» n’a jamais semblé nécessaire. C’était une relation basée sur le respect et l’amour pur et fou, a confié la femme, les yeux pleins d’eau.

Peu après l’assassinat de celui qu’elle appelle affectueusement son Sean Connery, Lina Simone s’est fait couper les cheveux très courts.

«Il est tombé en amour avec mes cheveux, a-t-elle raconté. Quand on s’est rencontrés, il y a 10 ans, il m’a spottée alors que j’étais de dos, et ce sont mes cheveux bouclés qui ont attiré son attention.» Pour elle, sa tignasse frisotée représentait le plaisir et l’amour, deux choses qui lui ont été arrachées le 2 juin 2016 et qu’elle n’a plus la force de ressentir.

Ce qu’elle a dit

«J’aurais tellement souhaité le rencontrer plus tôt dans ma vie. Dix ans, c’est loin d’être suffisant.»

«Il venait de prendre sa santé en main; il faisait attention à ce qu’il mangeait et il était en processus d’arrêter de fumer. Il voulait vivre longtemps.»

«J’ai refusé ma pension de veuve parce que je n’ai pas envie qu’on me remémore tout le temps que mon Angelo est mort. Il est dans mon cœur à jamais.»

«Chaque fois que les suspects iront à la cour, j’y serai. Je veux qu’ils voient mes yeux. Je veux qu’ils réalisent qu’ils m’ont brisée.»