/news/currentevents
Navigation

Une fin de vie misérable

Un homme accusé d’avoir tué sa conjointe par compassion affirme que celle-ci vivait attachée au CHSLD

Michel Cadotte
Photo d'archives Michel Cadotte

Coup d'oeil sur cet article

Un homme qui aurait tué par compassion sa femme atteinte d’Alzheimer a raconté hier que celle-ci n’était même plus capable de parler ou de manger seule, et qu’elle était attachée à son lit pratiquement 24 heures par jour.

«Deux ou trois fois par semaine, elle pouvait faire une marche quelques minutes, a témoigné Michel Cadotte. Elle mangeait juste de la purée. Le soir, je lui donnais une barre de chocolat. Elle le faisait fondre. C’était le seul petit bonheur qui lui restait.»

Pendant toute une partie de la journée hier, M. Cadotte a témoigné dans l’espoir être libéré en attendant son procès pour le meurtre au second degré allégué de sa conjointe Jocelyne Lizotte.

Jocelyne Lizotte a vécu une fin de vie misérable en CHSLD, selon son mari qui est accusé de l’avoir tuée. Michel Cadotte a expliqué qu’elle était attachée en tout temps, avec une marche de quelques minutes deux ou trois fois par semaine.
Photo courtoisie
Jocelyne Lizotte a vécu une fin de vie misérable en CHSLD, selon son mari qui est accusé de l’avoir tuée. Michel Cadotte a expliqué qu’elle était attachée en tout temps, avec une marche de quelques minutes deux ou trois fois par semaine.

Mais Me Antonio Parapuf de la Couronne s’y oppose en affirmant qu’une telle libération minerait la confiance du public envers la justice.

Épuisement

Dans son témoignage où il n’a pas parlé du jour du drame survenu en février dernier, l’accusé de 56 ans a expliqué avoir vu l’état de sa femme se dégrader au fil des années.

Pour continuer à s’occuper d’elle, il a dû déménager pour économiser en loyer, et il a même dû arrêter de travailler.

Et quand Mme Lizotte a été envoyée dans un CHSLD du Sud-Ouest à Montréal, les choses ont empiré. Elle n’était plus capable de manger par elle-même, ni de se laver ou même de parler.

«Souvent, je devais la changer moi-même, car le personnel était trop occupé, a témoigné M. Cadotte, qui avait même pris des cours de préposé aux bénéficiaires pour s’occuper d’elle. C’est dur moralement.»

Aide à mourir

Considérant l’état de santé de sa femme, M. Cadotte avait fait une demande d’aide médicale à mourir, mais elle avait été refusée.

«Son état de santé était stable, il n’y avait pas d’organes vitaux d’attaqués ni de signe qu’elle allait décéder sous peu», a expliqué un enquêteur à la cour.

M. Cadotte a de son côté affirmé avoir trouvé ce refus «abominable».

Johanne Lizotte, soeur de la victime
Photo Ben Pelosse
Johanne Lizotte, soeur de la victime

«Michel était constamment là avec [Jocelyne Lizotte], a pour sa part témoigné Johanne Lizotte, la sœur de la défunte. Je la voyais dépérir, je souhaitais presque qu’il lui arrive une autre maladie pour qu’elle puisse partir. Elle était comme un légume.»

M. Cadotte aurait finalement craqué et l’aurait étouffée avec un oreiller.

«J’ai sauté ma coche, elle n’est plus de ce monde», aurait écrit M. Cadotte à son beau-frère juste après le décès.

Le témoignage de M. Cadotte se poursuit aujourd’hui, au palais de justice de Montréal.

Ce qu’ils ont dit

«Quand l’état de ma femme s’est détérioré, il y avait des gémissements que j’arrivais à comprendre. Pour moi, ça a toujours été ma femme.»

«Ma femme n’a jamais accepté la maladie, elle avait des souvenirs de sa mère qui souffrait d’Alzheimer, elle ne voulait pas lui ressembler.»

«J’étais pas mal le seul qui s’occupait de ma femme, je ne sortais pas beaucoup parce que j’étais épuisé.»

«J’ai parlé avec ses deux fils concernant l’aide médicale à mourir. Ils étaient d’accord, tout le monde était d’accord.»

– Michel Cadotte, accusé du meurtre de sa femme Jocelyne Lizotte

«[Jocelyne Lizotte] m’a déjà dit que si elle dépérissait, elle préférait mourir que d’aller en CHSLD, elle ne voulait pas être à la merci de la société, elle ne voulait pas se sentir légume.»

– Johanne Lizotte, sœur de Jocelyne Lizotte

France Cadotte, soeur de l’accusé
Photo Ben Pelosse
France Cadotte, soeur de l’accusé

«Dans le passé, mon frère prenait de la drogue et buvait, mais quand il a connu Jocelyne Lizotte, il est devenu sage.»

– France Cadotte, sœur de Michel Cadotte