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Meurtre par compassion : «Ma femme est morte dans la dignité»

L’accusé saura en juillet s’il est libéré en attendant son procès pour meurtre

Michel Cadotte, 56 ans, saura en juillet s’il pourra être libéré en attendant son procès pour le meurtre de sa femme dans un CHSLD de Montréal.
Photo d'archives Michel Cadotte, 56 ans, saura en juillet s’il pourra être libéré en attendant son procès pour le meurtre de sa femme dans un CHSLD de Montréal.

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L’homme qui aurait tué par compassion sa femme atteinte d’Alzheimer dans un CHSLD affirme qu’elle est morte «dans la dignité» après avoir été maltraitée dans le centre où elle vivait.

«Ma femme est morte dans la dignité», a lancé Michel Cadotte jeudi, alors qu’il témoignait afin d’être remis en liberté en attendant son procès pour meurtre au second degré.

Détenu depuis février, l’homme de 56 ans a ainsi raconté avec émotion les derniers instants de Jocelyne Lizotte, qui n’était plus capable de manger seule, ni même de parler.

<b>Jocelyne Lizote</b></br>
<i>Décédée</i>
Photo courtoisie
Jocelyne Lizote
Décédée

Il a versé des larmes à plusieurs moments, quand il a dit l’avoir étouffée avec un oreiller et quand il a rappelé que jeudi aurait marqué l’anniversaire de son épouse.

«J’aurais aimé que ça se finisse normalement, avec une maladie, ou que son cœur s’arrête, j’avais espoir qu’elle me reconnaîtrait encore une fois», a-t-il dit en essuyant des larmes.

Pendant des années, M. Cadotte s’était occupé de sa femme, allant même jusqu’à suivre des cours de préposé aux bénéficiaires pour l’aider. Cela lui prenait tellement de temps qu’il a perdu son emploi, et il a dû déménager afin d’économiser assez d’argent pour continuer à l’aider.

Étouffée

L’état de Mme Lizotte s’était tellement dégradé que M. Cadotte avait demandé l’aide médicale à mourir pour sa femme, mais cela lui avait été refusé. Car même si elle ne pouvait plus parler et même si elle vivait attachée en tout temps, elle n’était techniquement pas «en fin de vie».

Ce refus avait lourdement affecté M. Cadotte, d’autant plus que sa femme avait signé dans le passé un mandat expliquant qu’elle ne voulait pas vivre dans ces conditions et qu’elle aurait été maltraitée durant ses années plongée dans le système de santé.

Le 20 février dernier, M. Cadotte affirme avoir eu un moment de colère contre une préposée qui n’aurait pas donné les soins nécessaires à son épouse. C’est là qu’il aurait tué sa femme.

«Je l’ai étouffée avec un oreiller, je me suis dit que plus personne ne pourra lui faire du mal, a-t-il dit en reconnaissant avoir “déconné”. Quand j’ai mis l’oreiller, je le savais, elle allait arrêter de souffrir. Elle n’était pas attachée, mais elle ne s’est pas défendue. J’ai l’impression qu’elle savait ce qu’il se passait.»

Confiance

Pour Me Antonio Parapuf de la Couronne, M. Cadotte doit rester détenu afin de maintenir la confiance du public envers la justice.

«Le geste va à l’encontre des valeurs qu’on souhaite mettre de l’avant [avec l’aide médicale à mourir]», a-t-il plaidé, ajoutant que le geste allégué allait aussi à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés.

Mes Elfriede Duclervil et Nicolas Welt de l’aide juridique plaident au contraire que le public bien informé serait choqué de voir leur client rester en détention.

«M. Cadotte ne voulait pas briser la loi ou défier les tribunaux, il a dit qu’il voulait qu’elle arrête de souffrir, a plaidé Me Duclervil. Ce qui a provoqué tout ça, c’est qu’il était malade.»

Le juge Michel Pennou de la Cour supérieure du Québec rendra sa décision en juillet, au palais de justice de Montréal.