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Comment Justin Trudeau s’achète des votes

Comment Justin Trudeau s’achète des votes
Photo d'archives, AFP

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Hier, dans l’indifférence quasi générale, le gouvernement Trudeau a aboli deux lois que Stephen Harper avait adoptées pour rendre le mouvement syndical plus transparent.

La première, la loi C-525, qui obligeait les syndicats à tenir des votes secrets plutôt que de faire signer des cartes d’adhésion, lorsqu’ils veulent former un nouveau syndicat.

Et la loi C-377, qui obligeait les syndicats à divulguer certains renseignements financiers, dont toutes les dépenses supérieures à 5000 $.

DES LOIS ANTISYNDICALES ?

Ne reculant devant rien pour démoniser Stephen Harper (et flatter son successeur dans le sens du poil, histoire de le remercier pour sa très grande générosité), Radio-Canada a titré, sur son site internet: Deux lois antisyndicales de l’ex-premier ministre Stephen Harper abolies par Justin Trudeau.

Euh... En quoi ces lois étaient antisyndicales, au juste?

Stephen Harper n’était pas contre les syndicats.

Il voulait juste que ceux-ci soient plus transparents.

Ce n’est pas le fer de lance du gouvernement Trudeau, ça, la transparence?

Alors pourquoi ne la préconise-t-il pas AUSSI pour le milieu syndical?

Pourquoi les syndicats ne veulent pas tenir de vote secret lorsqu’ils demandent aux employés d’une entreprise s’ils veulent se syndiquer ou pas?

Poser la question, c’est y répondre.

Parce que nos leaders syndicaux préfèrent utiliser la bonne vieille méthode des cartes d’adhésion. Comme ça, ils peuvent savoir quels employés sont contre l’arrivée d’un syndicat dans leur entreprise... et ainsi intimider les récalcitrants.

«Veux-tu prendre la carte d’adhésion?

– Non, ça ne m’intéresse pas.

– Pourquoi? T’as un problème avec nous autres?

– Non, je ne veux juste pas me syndiquer, c’est tout.

– Ah ouan? Pourquoi, donc?»

On connaît la chanson.

LA FTQ EST CONTENTE, CONTENTE

La loi de Stephen Harper n’était pas antisyndicale, comme tente de nous le faire croire Radio-Canada (qu’on devrait baptiser Radio-Kumbaya): elle était prodémocratique.

Elle empêchait les gros bras de faire de l’intimidation.

Je le sais, vous le savez, tout le monde le sait.

Mais Justin l’a quand même abolie, hier, pour faire plaisir aux grosses centrales syndicales et, ainsi, s’acheter leurs votes aux prochaines élections – qui, elles, se dérouleront en secret, derrière l’isoloir.

Comme on pouvait s’y attendre, les leaders syndicaux ne se sont pas fait prier pour vanter les mérites de Justin et de son équipe.

«Chapeau ! Chapeau! Je salue ce gouvernement-là!» s’est exclamé Daniel Boyer de la FTQ.

Ce qui en dit long sur la décision du premier ministre.

Personnellement, si Daniel Boyer dit qu’une loi est mauvaise, j’ai tendance à la croire bonne. Et vice versa.

Mais que voulez-vous, Justin est un bon gars, il ne peut dire non aux gens.

Surtout quand il sait que ça va lui rapporter des votes. Beaucoup, beaucoup de votes.

VIVE L’OPACITÉ !

Il me semble que c’est normal qu’un syndiqué sache à quoi servent ses contributions.

Mon syndicat va-t-il utiliser l’argent que je lui envoie pour défendre mes intérêts, ou pour appuyer une cause politique que je trouve inutile et farfelue?

Voilà à quoi servait la loi C-377.

Mais Justin, lui, trouve que la transparence n’a pas sa place dans un syndicat.

Ça ne fait rien: il est tellement beau!