/news/society
Navigation

Le premier drapeau du Québec a croupi au grenier durant 50 ans

L’inventeur refusait que l’Église ajoute un Sacré-Cœur au centre

drapeau québec
Photo Gaétan Girouard Le tout premier drapeau de Carillon conçu par l’abbé Elphège Filiatrault est maintenant exposé à Saint-Hyacinthe.

Coup d'oeil sur cet article

SAINT-JUDE | Le premier exemplaire de l’ancêtre du drapeau du Québec a été abandonné dans un grenier pendant 50 ans, possiblement parce qu’un curé ne voulait pas mélanger religion et politique.

En 1902, l’abbé de Saint-Jude, Elphège Filiatrault, invente le drapeau de Carillon en souvenir de la dernière bataille gagnée par les Français contre les Anglais en 1758, deux ans avant la fin du Régime français sur les plaines d’Abraham.

Saint-Jude en Montérégie n’hésite pas à démontrer sa fierté d’être la municipalité où le drapeau a été conçu.
Photo Magalie Lapointe
Saint-Jude en Montérégie n’hésite pas à démontrer sa fierté d’être la municipalité où le drapeau a été conçu.

L’abbé Filiatrault a accroché son drapeau, qui ressemble à celui du Québec à l’exception que les fleurons sont pointés vers le bas, devant le presbytère. Mais en 1903, l’Église veut se l’approprier en installant un Sacré-Cœur au centre du drapeau.

Refus

L’abbé Filiatrault refuse pour ne pas mélanger la politique et la religion. Il range alors son drapeau après son inauguration officielle, le 24 juin 1905, dans le grenier du presbytère, mais d’autres répliques circulent un peu partout au Québec. C’est une de celles-ci qui inspirera Maurice Duplessis à en faire le drapeau du Québec, en 1948.

Pendant tout ce temps, le drapeau original prend la poussière dans le grenier jusqu’en 1955, alors que Raymond Girouard est à la recherche d’un drapeau pour décorer sa maison à l’occasion de la Fête-Dieu (une fête catholique célébrée à l’époque quelques jours après Pâques).

Il se rend au presbytère de Saint-Jude pour rencontrer le bedeau de l’époque, Alphonse Labossière. En fouillant, les deux hommes découvrent le tout premier drapeau de Carillon dans une commode au grenier du presbytère. Monsieur Labossière lui en fait cadeau.

Le premier drapeau

«C’est à ce moment que mon père a réalisé qu’il avait entre les mains le tout premier drapeau de la nation québécoise. Faut dire que ma mère, qui prenait toujours bien soin de ses choses, avait pris soin de l’emballer dans du papier de soie et de bien le ranger», a dit Gaétan Girouard, 68 ans, qui se rappelle très bien lorsque son père lui a montré le drapeau pour la première fois en 1955.

<b>Gaétan Girouard</b></br> 
<i>Propriétaire</i>
Photo Magalie Lapointe
Gaétan Girouard
Propriétaire

Le 21 janvier 1948, le gouvernement Duplessis voulait que le peuple s’identifie à un drapeau, soit deux ans après que le député de Kamouraska de l’époque, René Chaloult, lui avait proposé le drapeau de Carillon comme emblème.

Selon les écrits de Raymond Girouard, Duplessis aurait dit que la population n’accepterait pas des fleurons pointés vers le bas, qu’ils préféreraient des fleurons droits. Il les a donc fait redresser pour former le drapeau d’aujourd’hui.

Bien patrimonial

Le 21 janvier 2017, le drapeau de Carillon de M. Girouard a été classé comme bien patrimonial. Il est maintenant entreposé au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Bien que quelques exemplaires aient été réalisés, celui trouvé au presbytère de Saint-Jude serait le seul exemplaire connu fabriqué par l’abbé Elphège Filiatrault. Mais une autre version du drapeau peut être vue au Musée de la civilisation.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.