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Crisser le feu aux scandales

Crisser le feu aux scandales
Catherine Dorion

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Il faudrait que j’écrive un nouveau billet, mais l’écœurite me pogne : tannée de chercher à être frustrée de quelque chose.

On appelle ça des «billets d’humeur», on devrait appeler ça des «billets de mauvaise humeur», tellement on écrit à peu près toujours des textes dans lesquels on se scandalise de quelque chose. C’est ce que je fais moi-même la plupart du temps.

Sauf que ça vide, être fâché. Et puis, quand une partie de ta job se résume à écrire des billets de mauvaise humeur, tu développes le réflexe de rechercher le scandale dans toutes les petites choses. Parce qu’il te faut des sujets. Ça change ton rapport au monde.

«On est ce qu’on fait», disait je ne sais plus qui. Je ne voudrais pas finir par voir le monde à travers des lunettes scandalisées.

Je me suis sauvée dans le campe à mon oncle pour quelques jours. J’écris depuis cet endroit sans prétention mais pas loin de parfait. Je me rends compte que je suis fatiguée, que j’ai besoin de vacances : dès que je pense à retourner au milieu de la vie qui spinne (ordinateur, cellulaire, médias, travail, traffic), une boule dans mon ventre se serre et me demande de rester ici.

Ici, où rien n’est scandaleux ni extraordinaire, où les arbres poussent et où la rivière coule, où le petit écureuil sauvage fait sa ronde quotidienne, t’à coup j’aurais laissé des miettes de bouffe. Des choses qui ne sont ni souhaitables ni déplorables. Des choses qui sont, tout simplement.

Ici, à des milliers de kilomètres de l'envie de me scandaliser sur tel thème déniché dans le journal pour vous écrire à quel point ça n’a pas de bon sens.

Ça vous va si, de temps en temps, je vous parle de trucs qui ne militent pour absolument rien? Qui n’avancent rien, sauf l’idée d’arrêter de courir pour reprendre son souffle, de se coucher sur le ventre au bout d’un quai, le menton sur les mains, pour écouter le claquement mouillé des vagues sur le bois? Ça vous va si je vous parle de cette bouffée d’enfance et de nostalgie qui m’a prise au bord du lac, de cette sensation soudaine, bouleversante et précise, de vie qui passe, de ma maman qui vieillit, de moi qui vieillirai aussi, de mes filles qu’il faudra que j’emmène encore souvent et longtemps dans le bois pour qu’on se baigne dans les lacs, qu’on s’émerveille d’une marmotte qui passe, qu’on traite de dégueulasses les sangsues, qu’on chasse les moustiques, qu’on jase dans le lit avant de s’endormir en sueur au son du vent dans les arbres. Et qu’on se rende compte au matin qu’un raton-laveur (peut-être un ours??!) s’est sauvé avec le sac de guimauves oublié la veille à côté du feu.

Parlant de feu, j’aime beaucoup les starter. Je pogne les journaux et, au moment où les gros titres du mois dernier essaient d’attirer mon attention, pleins de scandale insipide et désespérant, moi, je les déchire, je les chiffonne et je leur crisse le feu. C’est plaisant.