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Faut pas être dupes!

<i>Sans capote ni Kalashnikov</i></br>
Blaise Ndala</br>
Mémoire d’encrier, 274 pages 2017
Photo courtoisie Sans capote ni Kalashnikov
Blaise Ndala
Mémoire d’encrier, 274 pages 2017

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Il ne faut pas croire tout ce qui vient de loin. Tout jeune soldat, Fourmi Rouge, de son vrai nom Alex Kimona Kiadi, a vécu la guerre en République libre et démocratique de Cocagnie. Alors ce qu’en raconte la Montréalaise Véronique Quesnel, dans son film – qui vient d’obtenir un Oscar, rien de moins ! –, ce sont des sornettes, de l’hypocrisie, de l’arnaque, de l’enfumage ! L’auteur enrage depuis son lit d’hôpital africain.

La vraie histoire, il entend donc nous la raconter. Le roman Sans capote ni kalachnikov s’amorce par la grande porte de la scène du Kodak Center de Los Angeles, où Véronique Quesnel reçoit l’Oscar du meilleur film documentaire. Dès le chapitre suivant, on se retrouve dans la région des Grands Lacs africains. Attention, ce ne sera pas reposant...

Fourmi Rouge déverse sur le lecteur une verve étourdissante, où les événements s’emmêlent sur fond d’images, de métaphores et d’une abondance de mots, caractéristiques de la manière africaine de raconter. Pas de minimalisme ici ! Ça peut agacer. Ou donner envie de se laisser embarquer dans cet univers déroutant...

Et on embarque ! Parce que le jeune Fourmi Rouge mêle à sa naïveté – qu’il a en partage avec son cousin Petit Che – un regard implacable sur le monde. Prenons par exemple ces vedettes qui croient aider l’Afrique en participant à une émission de téléréalité où il s’agit de vivre dans un camp de réfugiés, en s’engageant à verser leurs gains à des associations africaines. Un vrai bon show, bien superficiel ! Comme plusieurs de ses compatriotes, Fourmi Rouge adore s’en moquer franchement.

Tout le roman est de cette eau : les bons sentiments, le noir et le blanc, l’indignation, c’est très gentil, mais ça n’a rien à voir avec la réalité, que chacun bricole finalement à sa façon – même cette Véronique qui tient tant à donner la parole aux laissés-pour-compte. Ses petits arrangements avec la vérité ne nous seront dévoilés qu’à la fin du roman, mais nous aurons entre-temps compris, par bien d’autres exemples, que ­l’honnêteté est une denrée rare, y compris en matière d’aide humanitaire. Pour un Miguel Javier ­Etchegaray, un médecin d’exception qui soigne Fourmi Rouge, combien de Véronique Quesnel, et des bien pires qu’elle, sillonnent l’Afrique ?

L’auteur, Blaise Ndala, est lui-même d’origine congolaise, mais il vit à Ottawa depuis 10 ans. Cette distance explique sans doute toute l’ironie, teintée d’affection pour l’Afrique, qui traverse son roman, paru en début d’année. Le thème est dur, c’est quand même la guerre et on n’y fait pas de quartier, mais quelle écriture jubilatoire!

« Lui et les siens étaient des proies idéales pour ces messies qui se présentaient armés d’un sourire, sans capote ni kalachnikov, et qui finissaient par les baiser sans le moindre état d’âme », conclut le récit. Une lucidité crue, mais tellement nécessaire.