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Les bonnes intentions

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Avoir de bonnes intentions, ce n’est pas suffisant. Parlez-en aux travailleurs à bas salaire de Seattle.

La Ville de Seattle a décidé, en 2014, d’augmenter le salaire minimum de 9,47 $ à 15 $ sur trois ans. Une étude du très crédible National Bureau of Economic Research (NBER), qui s’est penchée sur la hausse de 11 $ à 13 $ entre 2015 et 2016, démontre que le résultat est une catastrophe pour ceux que l’on cherchait à aider.

Les travailleurs à faible salai­re ont perdu, en moyenne, 125 $ par mois de rémunération. Cette politique a réduit de 9 % les heures travaillées de 2015 à 2016 – on parle ici de plusieurs millions d’heures.

Sommes-nous surpris ? Un petit commerce ou un restaurant n’a pas beaucoup de marge de manœuvre (ni de profit). Et là, du jour au lendemain, leurs employés coûtent près de 20 % plus cher alors que les revenus de l’entreprise, eux, n’ont pas bougé.

Certains patrons doivent alors réduire les heures de travail de certains employés, cesser les nouvelles embauches ou augmenter leurs prix. C’est vraisemblablement ce qu’il s’est passé à Seattle.

Nos PME ont eu chaud

Ici, plusieurs propriétaires de PME doivent avoir poussé un soupir de soulagement quand le gouvernement s’est montré ferme devant les syndicats et les porte-parole de la gauche, qui veulent un salaire minimum à 15 $ l’heure dans un proche avenir.

Une hausse immédiate du salaire minimum à 15 $ l’heure pourrait entraîner la perte de 100 000 emplois au Québec, rappelait il y a quelques mois l’économiste Pierre Fortin, soulignant que le salaire minimum au Québec est déjà plus élevé qu’ailleurs en pourcentage du salaire moyen horaire.

Rappelons que le salaire minimum a augmenté de 50 cents le 1er mai, pour atteindre 11,25 $. Ça semble peu, mais ça représente une hausse de 4,7 %. C’est près de trois fois le taux d’inflation annuel. Et le gouvernement veut hausser progressivement le salaire minimum pour le faire passer à 12,45 $ d’ici quatre ans. Un bond de 16 %.

Une solution

C’est plate à dire, mais les travailleurs peu qualifiés doivent maintenant tenir compte de nouveaux concurrents : les caisses sans préposés dans les supermarchés, les écrans tactiles pour commander un repas dans les restaurants et même les robots-burger, capables de cuire, préparer et emballer un hamburger en quelques secondes.

Si le salaire minimum augmente rapidement pendant que le coût de ces robots diminue, les patrons risquent de sortir leur calculette pour voir si ce n’est pas une meilleure idée d’investir dans ces machines...

Tout le monde veut aider les petits travailleurs. Mais une meilleure solution serait d’augmenter l’exemption personnelle de base pour ces travailleurs. En haussant la tranche de salaire sur laquelle un travailleur ne paie pas d’impôt, les travailleurs à faible revenu en auraient encore plus dans leurs poches. Et les employeurs, eux, n’auraient pas à réduire les heures de travail des employés.