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Parc Safari : Le Québec est «catholaïc»? Vraiment?

Parc Safari : Le Québec est «catholaïc»? Vraiment?

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Sous un post à propos des musulmans au parc Safari, une chroniqueuse de Montréal écrit : « Le Québec est catholique quand ça l’arrange et laïc quand ça l’arrange. #catholaic. »

Tu veux dire... « Le Québec »? Genre, mes tantes de Shawinigan qui vont voir du théâtre d’été, les familles de Limoilou qui font des pique-nique, le monde du Festival de musique émergente à Rouyn, les Trifluviens assis aux terrasses sur la rue des Forges, les Innus de la Basse Côte-Nord, l’île de Montréal au complet, les anglos des Cantons de l’est, tout ce monde-là, LE Québec, « le Québec est catholique quand ça l’arrange et laïc quand ça l’arrange »?

J’ai un pincement chaque fois que je lis des trucs du genre écrits par des gens intelligents.

Pourquoi est-ce que le fait qu’il y ait du racisme, de la peur et de l’agressivité au Québec suffit à leur faire lâcher leur dégoût sur tout le pays? Pourquoi réduisent-ils le Québec à ce qui les écoeure dans ce que les médias ont décidé de faire ressortir du lot?

Je pense que c’est parce qu’ils ont peur et que la peur, comme dans une chronique de Martineau, génère des likes. Le Québec-bashing, c’est pas juste dans le reste du Canada que ça fait gagner des points.

En faisant l’amalgame entre les visiteurs islamophobes du parc Safari et le Québec tout entier, ils coupent les ponts qui pourraient créer chez nous une communauté large qui soit réelle, aimante, tissée plus serrée et attirante. Qui aura envie de faire partie d’une gang dans laquelle on puisse tous se retrouver (« Le Québec ») si on entend partout répéter que le Québec c’est de la merde?

Il suffit pourtant de lâcher l’ordinateur et de sortir de chez soi pour se rendre compte que le Québec n’est pas du tout de la merde.

Ce gars d’Aguanish rencontré sur la terrasse de l’Échouerie, au bord de la mer. Il vivait dans le coin par amour de la sainte paix. Après quelques répliques animées, le silence entre nous s’était réinstallé. Pognée dans mon rythme citadin, j’ai voulu remplir le vide, j’ai passé un commentaire sur le gros titre qui traînait sur la table. Un truc sur l’islam et sur les gens qui trouvent que c’est trop. Le gars a fait un geste de la main pour envoyer ça vers le ciel, un geste qui voulait dire : « j’en pense rien et je ne les laisserai pas m’en faire penser quelque chose ». Alors que j’allais me juger d’avoir failli faire bifurquer une belle discussion vers le monde du gossip et des médias, il a étendu son bras vers la mer et m’a dit « Ici, tu pars en ligne droite avec ton kayak, pis là-bas, t’as des petits rorquals qui viennent passer juste à côté de toi. Sont curieux. »

S’il fallait absolument donner un visage défini au Québec, je ne lui donnerais pas celui d’un #catholaïc frustré en visite au Parc Safari, je lui donnerais le visage de ce gars-là. Ce gars-là est partout sur le territoire, sauf que pour le voir, il faut sortir de facebook et des médias, il faut prendre le chemin de la mer, du bois ou des rues principales des petites villes tranquilles, s'ouvrir sans peur à la diversité du pays, se calmer le gros nerf citadin et découvrir avec son coeur les humains qui se trouvent là.

L’amour de la diversité et le respect de la différence, c’est pas juste souhaitable envers ceux qui peuplent Montréal. On aime ça aussi, dans le reste du Québec, se faire regarder avec curiosité et ouverture.

Pour l’instant, et c’est la couleur de notre époque, on préfère haïr. On choisit de créer des monstres à travers nos écrans. Et pour passer le temps, qui est morose, on pose des bombes à retardement sous les ponts entre nous.