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Omar Khadr indemnisé dans la controverse

Le montant qui s’élèverait à plus de 10 millions $ n’est pas confirmé par Ottawa

Omar Khadr a été accusé d’avoir tué un soldat américain en Afghanistan en 2002.
Photo d’archives Omar Khadr a été accusé d’avoir tué un soldat américain en Afghanistan en 2002.

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OTTAWA | Un vétéran américain blessé par Omar Khadr trouve « exaspérant et dérangeant » que le Canada dédommage l’ex-détenu de Guantanamo, accusé d’avoir tué son compagnon d’armes.

Le sergent Layne Morris, retraité des forces spéciales américaines qui vit en Utah, a qualifié la compensation annoncée hier de « torrent d’argent pour un homme qui a fait de mauvais choix de vie » en entrevue au Salt Lake City Tribune.

L’homme a été éborgné par une grenade prétendument lancée au cours d’une attaque par Omar Khadr, alors qu’il avait 15 ans. Son collègue Christopher Speer a été tué par l’explosion.

Ralph Goodale. Ministre de la Sécurité publique
Photo Christopher Nardi
Ralph Goodale. Ministre de la Sécurité publique

Enfant-soldat

Enfant-soldat pour les uns, terroriste pour les autres, Omar Khadr réclamait quelque 20 M$ au gouvernement du Canada dans une poursuite civile pour l’avoir laissé croupir dans la prison américaine de Guantanamo, à Cuba.

« Notre cause n’avait aucune chance de succès », a tranché le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, hier, au moment d’annoncer officiellement une entente hors cour avec M. Khadr.

Le fédéral n’avait, selon lui, pas le choix de dédommager l’homme de 30 ans d’un montant resté confidentiel, malgré des fuites relayées par plusieurs médias voulant qu’il ait obtenu 10,5 millions $.

Harper

M. Khadr a été capturé en Afghanistan alors qu’il n’avait que 15 ans, accusé d’avoir tué d’une grenade un soldat américain. Il a été lui-même lourdement blessé durant l’événement.

Il est ensuite resté emprisonné à la base militaire de Guantanamo pendant une décennie parce que l’ancien gouvernement de Stephen Harper refusait systématiquement de demander son rapatriement au Canada.

« [L’indemnisation] n’a rien à voir avec ce qui s’est passé sur le champ de bataille en Afghanistan, a précisé le ministre Goodale. Le Canada devait respecter la Charte et la règle de droit. »

Il s’appuie sur trois jugements des tribunaux selon lesquels le Canada a échoué à protéger les droits d’Omar Khadr, un citoyen canadien, en vertu de la Charte des droits et libertés.

« Cela est une claque au visage des hommes et femmes en uniformes [...] c’est dégoûtant », s’est indigné hier le chef conservateur Andrew Scheer, selon qui le retour de M. Khadr au Canada constitue déjà une compensation.

Veuve

Il accuse le gouvernement d’avoir agi rapidement dans le dossier pour court-circuiter la tentative de bloquer le versement de l’argent par la veuve du soldat américain prétendument tué par Omar Khadr, Tabitha Speer.

Selon le Toronto Star, l’avocat canadien de celle-ci a lancé hier une « procédure d’urgence » pour demander le gel de l’argent offert à M. Khadr.

Le ministre Goodale nie catégoriquement que le règlement a un lien avec l’intention de la veuve de se tourner vers la justice ou « toute autre procédure alléguée dans les médias ».

Du même souffle, il a condamné le coulage d’information vers les médias au sujet du montant du règlement, des fuites « très, très sérieuses » et « qui mettent en péril le cours de la justice ».

Tard en soirée, le bureau du premier ministre de Justin Trudeau a tenu à apporter certaines clarifications.

« Nous sommes de tout cœur avec la famille Speer, a souligné l’attaché de presse Cameron Ahmad. Ce qu’elle a vécu est une tragédie. Nous nous attendons à ce qu’elle demande la réparation qui, à son avis, lui est due et serait appropriée. Le processus judiciaire suivra son cours. »

terroriste ou enfant-soldat ?

1986: Omar Khadr naît à Toronto de parents d’origine palestinienne.

1996: Il est envoyé par son père dans des camps d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan, où la famille réside.

Juillet 2002: Omar Khadr, 15 ans, est capturé par des soldats américains qui l’accusent d’avoir tué d’une grenade un militaire américain.

Octobre 2002: Il est transféré à la prison de la base militaire américaine de Guantanamo Bay, à Cuba.

2003 et 2004: Des espions canadiens interrogent Kadhr à Guantanamo et partagent les informations obtenues avec les autorités américaines.

2008: La Cour suprême du Canada conclut que le partage de ces informations est illégal.

2009: La Cour fédérale du Canada statue qu’Ottawa a violé les droits de Khadr en refusant de demander son rapatriement.

2010: La Cour suprême du Canada réitère qu’Ottawa a violé les droits de Khadr en ayant participé à des méthodes illégales pour l’interroger.

Octobre 2010: Khadr plaide coupable à tous les chefs d’accusation de crimes de guerre qui pèsent contre lui dans l’espoir d’être transféré au Canada.

2012: Khadr est rapatrié au Canada.

2015: Omar Khadr obtient une libération conditionnelle.

2017: Le gouvernement Trudeau s’excuse publiquement envers Khadr et lui verse plus de 10 millions $ en compensation pour les mauvais traitements subis en détention à Guantanamo.