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Santé: les pharmaciens dénoncent les assureurs privés

Santé: les pharmaciens dénoncent les assureurs privés
JOEL LEMAY / 24 HEURES / AGENCE QMI

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Oh, les pharmaciens attaquent les assureurs privés

Ah ben chose, l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) regroupant les Jean Coutu et les Uniprix, ont, pour conforter leurs doléances, commandé une étude de recherche au très sérieux Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). Et comme de raison, on a eu droit à une étude tout à fait scientifique, objective et rigoureuse pondue par des consultants et des universitaires qui, comme par enchantement, arrive aux mêmes conclusions que celle véhiculée par leur commanditaire. Tout de même curieux, non? En gros, les pharmaciens tiennent les assureurs privés en partie responsables de l’augmentation du prix des médicaments en raison de la hausse constante des primes d’assurance réclamées par ces derniers : «Coût des médicaments. Des pharmaciens dénoncent des assureurs privés» (Le Devoir, 6 juillet 2017). Que c’est touchant de voir les pharmaciens venir en aide à la population afin de faire baisser les prix des pilules. Moi en tout cas, ça me fait pleurer.

Mais les pharmaciens et les pharmaceutiques n’y seraient pour rien

Les pharmaciens ont raison de dénoncer la présence des assureurs privés dans le domaine de la santé publique ou privée. Imaginez comment les assureurs privés se paient la traite lorsque tout le système de santé, et pas seulement les médicaments, est privatisé comme cela est le cas aux États-Unis. On vante souvent les vertus innées et intrinsèques du privé par rapport au public et sa supériorité grâce à la recherche du profit, à la concurrence, à l’innovation et autres prétentions dogmatiques creuses. Dans le domaine précis de la santé privée aux States, avec ses transnationales et ses fonds d’investissements spéculatifs en santé, comme celui où a travaillé Philippe Couillard (Persistence Capital Partners), et ben concurrence ou pas, ça fait que c’est le pays au monde où la santé est tout privatisée et qui coûte le plus cher et de loin. Tout de même bizarre! Comprenez-vous quelque chose à ça?

Les pharmaceutiques versent de juteuses ristournes aux pharmaciens

Pour revenir à nos très chers pharmaciens du Québec qui jouent à la vierge offensée dans le cas des prix shylockiens de médicaments, ils essaient de nous faire croire qu’ils n’y sont pour rien dans la hausse vertigineuse des prix des pilules et autres bidules même s’ils touchent de juteuses ristournes versées par les grosses pharmaceutiques afin de les récompenser pour leur fidélité et leur loyauté à leurs produits. À mes amis pharmaciens : les ristournes et autres présents que vous recevez des pharmaceutiques sont aussi en partie responsables de la hausse régulière du prix des médicaments. Aux pharmaciens affiliés à Jean Coutu, puis-je faire remarquer que Jean Coutu a une filiale dans l’importation de génériques qui s’appelle Pro Doc et qui charge le gros prix? Jean Coutu pourrait lui demander de baisser ses prix.

Qui est responsable de la hausse des coûts en santé?

Mes amis, dans les faits, les responsables de l’augmentation annuelle du coût des médicaments en particulier et de la santé publique en général sont les pharmaceutiques (génériques et produits d’origine), les assureurs privés, les pharmaciens et les médecins qui peuvent s’incorporer afin de payer peu d’impôts sur le revenu. Et nos gouvernements qui, au lieu de s’attaquer véritablement aux responsables, pas seulement par de ridicules montées de lait et de simagrées arrangées avec le gars des vues, c’est-à-dire du patronat, préfèrent s’en prendre aux malades en coupant dans les autres domaines, qui eux sont compressibles à l’infini, comme les urgences, les lits d’hôpitaux, la radiologie et la chimiothérapie, le délai pour des opérations, les infirmiers et les techniciens, etc. Sont-ils au service de leur mentor du privé, tout en endormant la population au gaz de la propagande de la désinformation et du mensonge? Il faut créer, et ça urge, comme le propose d’ailleurs Québec Solidaire, Pharma-Québec afin de nous libérer de la tyrannie de ces exploiteurs et de faire baisser les prix des médicaments et des dépenses globales du système de la santé publique. Faut pas être une 100 watts pour fabriquer des médicaments génériques qui sont des copies des médicaments d’origine.

Le privé en santé : beaucoup plus cher. C’est un fait

Pourquoi la santé privée aux États-Unis est-elle la plus chère en Occident? Et bien c’est en partie parce qu’elle introduit un troisième intermédiaire dans la structure de coûts, soit la présence d’assureurs privés à but très lucratif qui augmente (comme cela se produit aussi pour les écoles, les autoroutes, les ponts, les garderies, l’électricité, etc. privés) les coûts de la bureaucratie : «Santé. Le secteur privé au Québec. La bureaucratie privée est beaucoup plus lourde et plus coûteuse que celle du réseau public» (Le Devoir, 15 septembre 2012).

Ça prend pas la tête à Papineau pour comprendre que lorsque vous ajoutez un troisième joueur (assureurs privés) à la structure économique prévalant dans un système public comprenant le gouvernement qui livre les services et le patient qui les reçoit, automatiquement vous faites exploser les coûts. Dans un système de santé publique, vous le défrayez directement par vos impôts sur le revenu. Par contre, dans un système de santé privée, comme celui prévalant aux États-Unis, il y a l’ajout d’un troisième agent économique qu’est l’assureur privé qui a sa propre bureaucratie de facturation, d’enquêteurs et d’administrateurs, qui doit donner son autorisation à l’hôpital ou au médecin de soigner le patient, qui envoie des factures aux patients et qui en reçoit des hôpitaux et des médecins et qui au passage charge un «extra» afin de couvrir ses frais d’administratifs et sa généreuse marge de profit. En plus, il y a la présence d’hôpitaux et de cliniques privés détenus par des transnationales et des fonds d’investissement spéculatifs qui augmentent les prix afin d’obtenir aussi leur grosse marge de profit. Ça donne des assureurs et des hôpitaux privés à but lucratif qui recherchent le profit. Le public moins cher, mais les élus tiennent à privatiser quand même.

Voilà pourquoi le public est moins cher, pas seulement dans le domaine de la santé, puisqu’il ne fait intervenir que deux groupes : l’État et le consommateur ou patient. Ainsi, vous épargnez la bureaucratie supportée par l’entreprise privée et le client (recevoir et payer les factures) et leur grosse marge de profit. Même si la santé privée est nettement plus chère que le public, alors pourquoi nos gouvernements, qui sont supposément au service de la population, plaident-ils toujours pour plus de privé en charcutant nos services publics afin de diriger par la force des choses les gens vers le privé qu’ils affectionnent et qui les font vivre? Sur ce point, j’y reviendrai plus en détail dans mon prochain texte.

La santé privée : un marché lucratif

Face aux persistantes politiques de privatisation de notre système de santé publique, auquel la population tient, privatisée dans le passé à vitesse grand V autant par les péquistes que les libéraux, ah bon voilà que les faux samaritains débarquent, sentant la bonne affaire : «Santé : les assureurs (privés) sont prêts à prendre le relais de Québec» (Le Devoir, 1er novembre 2002). Ils sont prêts à prendre le relais par pur esprit humaniste, par compassion et de façon totalement désintéressée, bien évidemment. Combien le relais des assureurs privés va-t-il nous coûter?

Et même la transnationale québécoise Power de la famille Desmarais qui détient, entre autres La Presse, est aussi partie prenante au démantèlement de nos programmes sociaux et instruments collectifs comme l’énergie, la santé, les autoroutes, les pensions de vieillesse, etc. : «La Financière Power investira dans les services publics» (La Presse, 16 mai 1997). Même Jean Coutu est intéressé à s’embarquer et à investir dans la santé privée. Tous du ben bon monde qui ont le cœur à la main ou le cœur sur la main.

Les assureurs privés qui n’assurent pas les grands malades pas payants

Comme les assureurs privés sont des entités à but lucratif, ils ne veulent pas assurer les gros malades (cancer, diabète, cœur, sclérose en plaques, sida, etc.). Ils veulent surtout assurer les gens en bonne santé. Ben, c’est pas moi qui le dis, c’est l’ancien président démocrate des États-Unis, Barack Obama, qui l’a exprimé dans ces termes: «Chaque année de plus en plus de personnes se voient refuser une couverture par les compagnies d’assurances, car elles souffrent déjà de problèmes de santé. Chaque année, elles cessent d’assurer des gens au moment où ils sont malades et en ont le plus besoin. Chaque année, elles augmentent les primes...» («Réforme de l’assurance maladie. Barack Obama s’en prend aux assureurs». Le Devoir, 9 mars 2000).

La supériorité de la santé privée au niveau des ... prix

Dans l’une de ses excellentes chroniques au Journal de Montréal, soit celle 8 novembre 2016 intitulée «La colère assurée», Loïc Tassé, chargé de cours au département de Science politique à l’Université de Montréal écrit ce qui suit : «Aux États-Unis, une assurance maladie pour une famille de quatre personnes coûte 25 000 dollars par an». On appelle ça des impôts payés au privé ou le taxage des affairistes.

Lors de la dernière compagne électorale américaine, Bernie Sanders avait mentionné que: «Par personne, nous avons les soins de santé les plus coûteux au monde. Ma proposition est de retirer les compagnies d’assurance privées du système de santé et de faire baisser les coûts de l’assurance maladie de 5 000$ par famille» (La Presse, 30 janvier 2016). Bonne idée, monsieur Sanders. Le mieux serait la création d’un système de santé publique comme cela se fait partout en Occident et comme le désire la majorité des Américains.

Deux pas comiques pour finir avec les States

La première pas drôle pantoute, c’est l’histoire de cette dame qui, pour deux jours d’hospitalisation en Floride, des examens médicaux, des radiographies et des médicaments, a reçu une facture de «seulement» 41 000$ : «Un voyage dans le Sud qui coûte cher» (Le Journal de Montréal, 28 novembre 2016).

Une autre canadienne de la Saskatchewan a malheureusement accouché prématurément aux États-Unis, et, suite à des complications, a dû être hospitalisée deux mois. Son assureur privé canadien a reçu la facture de l’hôpital américain et refuse de payer. Cette situation arrive fréquemment aux États-Unis. Voilà pourquoi la santé privée est là-bas la principale cause des faillites personnelles des Américains. Bon, pourquoi l’assureur privé canadien ne veut pas payer la note même si la dame était assurée en bonne et due forme? Lisez le titre de cet article et vous allez comprendre : «950 000 $ pour avoir accouché aux États-Unis» (La Presse, 20 novembre 2014). Si l’assureur privé ne paie pas, l’hôpital américain va poursuivre en justice la patiente canadienne.