/opinion/columnists
Navigation

Éviter le psychodrame

Coup d'oeil sur cet article

Si j’avais été citoyen de Saint-Apollinaire, j’aurais voté « oui » au référendum portant sur la création d’un cimetière musulman dans la localité.

Mais on est en droit de se désoler du résultat du référendum sans pour autant souhaiter que nous basculions dans une nouvelle séance d’autoflagellation collective.

On est en droit de penser que les modalités particulières de ce référendum faisant reposer une question fondamentale sur un très petit nombre de gens n’étaient pas idéales sans pour autant contester la valeur en soi des référendums­­­.

Référendum

On peut soutenir que ce référendum était approximatif sans remettre en question le rôle essentiel de la volonté populaire en démocratie et sans vouloir basculer vers le gouvernement des juges.

On est en droit de croire que les électeurs impliqués dans cette décision se sont trompés sans pour autant les caricaturer en xénophobes.

Autrement dit, il ne faudrait pas que le référendum de Saint-Apollinaire vire au psychodrame, comme s’il révélait le visage hideux du Québec profond.

C’est pourtant ce que cherchent à faire, depuis dimanche, certains militants associés à la gauche multiculturaliste qui prétendent avoir le monopole de la tolérance.

À les lire, on a l’impression qu’au fond d’eux-mêmes, ils se réjouissent du résultat, parce qu’il leur permet de se déchaîner à nouveau contre le Québec­­­. Un peu comme s’ils souhaitaient la victoire du « non », qui leur donnait l’occasion de s’indigner.

Ainsi, on a vu un activiste multiculturaliste chouchouté médiatiquement soutenir que le résultat du référendum confirmait l’existence au Québec du racisme systémique.

Il témoignerait de l’hostilité profonde d’un grand nombre de Québécois à la diversité et, plus particulièrement, à l’endroit des musulmans.

Ces attaques, qui relèvent d’un Québec bashing aussi odieux que haineux, doivent être condamnées. Elles polluent la réflexion publique.

Pouvons-nous raison garder et revenir aux données les plus simples de ce débat public ?

Essentiellement, il s’agit de reconnaître la légitimité d’une aspiration élémentaire : rien n’est plus normal, pour un être humain, que de vouloir mourir dans le respect de ses convictions fondamentales.

La religion, quoi qu’on en pense, n’est pas qu’une mystification collective seulement bonne pour les esprits superstitieux.

C’est une manière d’apprivoiser le mystère de la condition humaine et de marquer les grandes étapes de l’existence, de la naissance à la mort. Elle répond à un besoin indéracinable du cœur humain.

La mort, aussi banale soit-elle, est un scandale existentiel. Au moment du grand départ, il est normal de souhaiter­­­ une dernière prière.

Il est aussi normal de vouloir se montrer fidèle à la religion de ses ancêtres. C’est dans le temps long de l’histoire que l’existence humaine trouve son sens.

Humanisme

Le Québec est un pays d’héritage catholique et n’a pas à renier son histoire.

Toutefois, il est non seulement normal, mais juste, que nos concitoyens musulmans puissent connaître une dernière demeure conforme à leur foi.

Il faudra, tôt ou tard, et d’une manière ou d’une autre, honorer cette aspiration qui n’a rien de reprochable.

N’y voyons pas un détestable accommodement­­­ raisonnable, mais une marque d’humanisme véritable.