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Entendre à nouveau l’appel du général de Gaulle

De Gaulle, le maire Jean Drapeau et le premier ministre Daniel Johnson (de dos)
Photo Archives de la Ville de Montréal De Gaulle, le maire Jean Drapeau et le premier ministre Daniel Johnson (de dos)

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Il y a cinquante ans, le 24 juillet 1967, le général de Gaulle faisait vivre au Québec une journée historique.

Après avoir parcouru le chemin du Roy, où il avait multiplié les déclarations embrassant la cause du nationalisme québécois devant une population absolument enthousiaste, il prononçait, du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, son célèbre « Vive le Québec libre ! ».

Un des plus grands hommes du vingtième siècle endossait la quête d’indépendance des Québécois. La France renouait formidablement avec le Québec.

Révolution tranquille

On ne saurait sous-estimer l’importance de cette déclaration.

Remettons-nous dans l’esprit de l’époque.

Depuis 1960, le Québec avait commencé sa libération. En 1962, c’est au bel appel de « Maîtres chez nous » que Jean Lesage nationalisait l’hydro­électricité.

En 1966, Daniel Johnson gagnait ses élections avec le slogan « Égalité ou indépendance ». Soit le Canada anglais reconnaissait le Québec comme une nation à part entière, soit le Québec devait rompre avec la fédération.

Au même moment, le mouvement souverainiste prenait son envol. La création du Parti québécois par René Lévesque en 1968 confirmait sa montée en puissance. Le combat pour le français mobilisait un peuple qui en avait assez de vivre en étranger dans son propre pays.

Il semblait y avoir dans cette poussée nationaliste quelque chose d’irrésistible. De Gaulle ne faisait qu’enregistrer un mouvement, qu’il voulait accélérer. Il lui donnait un écho mondial. On découvrait qu’en Amérique, une nation oubliée d’origine française était en train de renaître.

Échec

Soyons honnêtes, le Québec aurait dû devenir indépendant entre 1970 et 1995. La fenêtre historique était là. Le contexte s’y prêtait. La déclaration du général de Gaulle aurait représenté une étape importante dans cette marche vers le pays.

Certes, le Québec a fait des progrès depuis cinquante ans. Son économie s’est développée. Il a construit un modèle social qui lui est propre, même s’il n’est pas sans défaut. Le français a gagné du terrain.

Pourtant, nous savons, au fond de nous-mêmes, que nous avons raté quelque chose d’important. Nous avons manqué notre rendez-vous avec l’histoire. Gît dans la conscience collective québécoise une profonde déception.

Les deux défaites référendaires ont brisé nos ressorts intimes. Nous ne sommes même pas parvenus à nous faire reconnaître comme société distincte­­­ dans le Canada.

Tout cela n’est pas sans conséquence. Nous payons le prix de notre échec. Les gains collectifs d’hier s’effacent. La plus qu’inquiétante situation du français à Montréal en témoigne. Mais on fait semblant que ce n’est pas grave.

Les Québécois sont devenus indifférents à leur question nationale. Ils veulent la croire dépassée.

La jeunesse dédaigne la cause de l’identité québécoise. Elle se déracine d’un Québec qui ne l’intéresse plus.

Erreur.

Le « Vive le Québec libre » révélait pourtant le sens profond de notre histoire.

Renaissance ?

Il y a au cœur de notre histoire un rêve québécois : celui d’un pays souverain et français en Amérique. La Révolution tranquille aurait dû l’accomplir.

Les Québécois ne sont pas moins intelligents que les Estoniens, les Italiens, les Polonais ou les Français. Pourquoi ne seraient-ils pas capables d’avoir leur propre pays ?

À l’inverse, dans le Canada, ils sont condamnés à devenir une minorité démographique insignifiante.

C’est notre droit d’exister comme peuple qui est remis en question aujourd’hui.

Exister !

Il y a de bonnes raisons d’être pessimiste, aujourd’hui, si on croit encore au Québec libre.

Mais on doit parier sur la volonté de vivre du peuple québécois.

Nous sommes doués pour la résistance, comme en témoigne notre réactivité sur les sujets identitaires. Nous devons maintenant œuvrer pour une nouvelle renaissance québécoise. Une renaissance tranquille ?

Quant à moi, je veux croire que le peuple québécois se refait lentement des forces et qu’au fond de lui-même, il n’a pas renoncé au plus bel idéal qui soit, celui d’être pleinement responsable de son destin.

De Gaulle le savait, la pleine liberté, pour un peuple, c’est l’indépendance. Pouvons-nous encore entendre son appel ?