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Le calme après la tempête

Chaque semaine dans le cahier Weekend, Le Journal retrouve pour vous des artistes d’une autre époque, qui ont connu la gloire puis ont disparu.

GEN-PAOLO NOEL
Photo MARTIN ALARIE

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Enfant pauvre, fils de bandit, élevé dans un orphelinat où il a été battu, Paolo Noël savoure aujourd’hui une paix durement gagnée. Au bout du fil, dans sa grande maison de Kamouraska, l’homme de 88 ans revient sur le moment où sa vie a basculé.

Celui qui chantait « Je m’appelle Paulette, je suis une tapette... » n’aurait jamais pu s’imaginer vivre des jours aussi paisibles. Aux côtés de son épouse des 52 dernières années, Diane Bolduc, il parle avec une vivacité qui surprend.

Ce n’est pas un secret, Paolo Noël ne l’a pas eu facile. « Mon père était un bandit et ma mère une putain », dit-il sans ambages. Il vivait dans un quartier pauvre et lorsque son père a été arrêté pour violence conjugale, il a été conduit à l’orphelinat. Une période marquante de sa vie où il dit avoir notamment été fouetté. « J’ai été à l’orphelinat de l’âge de 6 à 13 ans, je n’ai pas eu d’enfance, ça a été difficile. Je me suis sauvé à plusieurs reprises, les policiers venaient me chercher chez ma tante et je mangeais une volée à mon retour. J’étais tellement habitué que ça ne me faisait plus mal » dit-il.

Un rôle qui a tout changé

Des années plus tard, c’est ce passé sombre qui lui a permis de décrocher un rôle de mafioso dans la série Omertà. « Mon père était dans ce milieu, je connaissais bien cet univers-là, même que Frank Cotroni allait souvent ­manger chez ma mère à une époque », se rappelle-t-il.

Paolo Noël a joué Tony Potenza dans la série Omertà de Luc Dionne, un rôle qu’il a repris au cinéma pour le film du même nom en 2012.
Photo courtoisie, Jan Thijs
Paolo Noël a joué Tony Potenza dans la série Omertà de Luc Dionne, un rôle qu’il a repris au cinéma pour le film du même nom en 2012.

Convaincant dans la peau de Tony Potenza (et parfois même drôle avec son inoubliable « décâliss le caniche ! »), Paolo Noël en a surpris plus d’un.

Chanteur de charme en train de sombrer dans l’oubli, il est soudainement devenu un acteur respecté de ses pairs.

« Ça a carrément changé ma vie », dit-il sans hésitation. Sa performance, encensée par la critique, marque un tournant dans sa carrière comme dans sa vie. Une reconnaissance venue tardivement, dont il a savouré chaque seconde.

La retraite

Malgré son âge, Paolo Noël est toujours aussi bavard et passionné. Sa guitare n’est jamais loin. Aujourd’hui retraité­­­, la scène lui manque visiblement. Quand on a chanté et joué la comédie comme il l’a fait durant plus de 60 ans, il n’est pas facile de vivre dans l’ombre et on comprend que la retraite lui paraît longue par moments.

À la mention de quelques spectacles donnés en Abitibi l’an dernier, les yeux de l’homme de scène s’illuminent. « Je ne veux pas me vanter, mais ça marche quand je chante, il y a toujours plein de monde ! Et la plupart du temps il n’y a que des femmes », dit-il avec le sourire.

Il aimerait d’ailleurs faire une tournée des résidences pour personnes âgées. « Paolo chante encore bien et il sait aussi faire rire les gens, il a tellement d’anecdotes à raconter. Ça lui ferait du bien », ajoute son épouse Diane Bolduc.

Pour son plus grand bonheur, il lui arrive encore régulièrement de se faire reconnaître et de se faire photographier. « J’ai toujours eu de l’amour du public parce que j’étais sincère, dit-il. Les gens m’aimaient pour ce que j’étais. »

À l’émission <i>Toast et café</i>
Photo d'archives
À l’émission Toast et café

L’amour de sa vie

Durant toute l’entrevue, la conjointe de Paolo Noël, Diane Bolduc, est restée à ses côtés. Leur histoire d’amour est digne des films hollywoodiens. Charmeur­­­ né, il a croisé la route de sa douce un sombre soir d’automne où rien n’allait plus dans son cœur comme dans sa vie.

« J’avais été invité à assister à une grande soirée qui réunissait toutes les coiffeuses de la province, mais j’étais vraiment à bout. J’avais des pilules dans mes poches, j’étais tanné et je me disais que ça ne valait plus la peine de vivre, relate-t-il. Mais finalement, le frère de Jacques Normand, qui organisait la ­soirée, m’a convaincu d’y aller et j’y ai revu Diane, qui était mannequin. Elle a vu que je ne filais pas du tout et nous avons terminé la soirée ensemble. Je serais mort si je ne l’avais pas ­rencontrée », affirme-t-il. Ils ne se sont plus quittés depuis.

Malgré les embûches, et même s’il a failli la perdre à une certaine époque plutôt rock and roll, l’histoire d’amour entre Diane Bolduc et Paolo Noël dure depuis près de 52 ans. « Il y avait une distance entre nous, nous ne venions pas du même monde, son père avait été président du Sénat », dit-il. Même si sa famille ne voyait pas d’un bon œil sa relation avec le chanteur, Diane a choisi de vivre avec lui et de l’épouser. « Ça a pris 30 ans avant que ma mère ne parle à Paolo, raconte-t-elle. Ma tante, qui était ma marraine, était très très riche. Elle a donné beaucoup d’argent à mes cousins comme cadeau de noces, mais elle ne nous a donné que 50 $ à notre mariage, parce que je ne me mariais pas avec un homme qui était de notre standing », évoque Diane, qui lui a donné deux enfants. « On a 11 petits-enfants et 10 arrière-petits-enfants. »

Les vieux jours

Le vieux loup de mer qui a possédé plusieurs bateaux au cours de sa vie – il a vécu cinq ans sur l’un d’entre eux avec Diane, il y a plus de 30 ans – a pris la décision de vendre celui qu’il possède depuis 1993. À près de 90 ans, le temps est venu de passer à autre chose, Même chose pour son VR dont il veut se départir, tout comme de vastes terrains que le couple possède près de leur maison.

Si Paolo Noël a connu une belle carrière, il en a aussi bavé un coup et il profite aujourd’hui d’un repos bien mérité. Le titre du troisième tome de sa biographie résume finalement bien son parcours : J’ai mordu dans la vie et la vie m’a mordu.

Pierre Marcotte, Paolo Noël et Gilles Latulippe dans les  Tannants de chez nous.
Photo d'archives
Pierre Marcotte, Paolo Noël et Gilles Latulippe dans les Tannants de chez nous.

 

 

7 moments marquants DANS LA VIE DE PAOLO NOËL

  • Il est né le 4 mars 1929 à Montréal dans le quartier Hochelaga.
  • À l’âge de 19 ans, en 1948, il remporte un concours d’amateur à la radio en imitant Tino Rossi. Ce prix va lancer sa carrière de chanteur dans les cabarets et lui permettre d’enregistrer quatre de ses compositions en 1951.
  • En 1958, il enregistre la chanson Le petit voilier qui figure sur son premier album, L’amant de la mer. Cette chanson composée par un curé deviendra l’un de ses plus grands succès.
  • Au milieu des années 1960, à ­Télé-Métropole, il anime Toast et café aux côtés de Dominique Michel, puis Le Music-Hall des jeunes, ce qui lui vaut d’être élu Monsieur Radio-Télévision, au Gala des artistes­­­ en 1968.
  • En 1971, il réalise son grand rêve en présentant son spectacle à la Place des Arts. Paolo avait pris la relève du chanteur français Éric Charden­­­ qui s’était désisté pour cause de maladie.
  • La chanson Flouche-flouche (Paulette) connaît un succès monstre après que Gilles Latulippe insiste, durant l’émission Les Tannants­­­, pour que Paolo la chante en direct à la télévision. C’était en 1974, et ce succès sera suivi de Flip Flop Fly et T’as ben des beaux bip-bops.
  • En 1999, son rôle de Tony Potenza dans la télésérie Omertà de Luc Dionne, lui attire des louanges des critiques qui soulignent la qua­lité de son jeu. Il jouera ensuite en 2008 dans le film Les doigts croches de Ken Scott.
Dans le film <i>Les doigts croches</i> de Ken Scott.
Photo courtoisie
Dans le film Les doigts croches de Ken Scott.