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Le «discours d’Ottawa»... jamais prononcé

Le général de Gaulle monte dans un avion d’Air Canada à l’aéroport de Dorval pour retourner en France… sans avoir mis les pieds dans la capitale fédérale. Le Journal titre en une : « Il est parti en se foutant d’Ottawa ».
Photo courtoisie, Archives de la Ville de Montréal Le général de Gaulle monte dans un avion d’Air Canada à l’aéroport de Dorval pour retourner en France… sans avoir mis les pieds dans la capitale fédérale. Le Journal titre en une : « Il est parti en se foutant d’Ottawa ».

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En prévision du 50e anniversaire du « Vive le Québec libre » du général de Gaulle, un chercheur souverainiste a décidé d’aller mettre son nez dans les archives de la présidence française à Pierrefitte-sur-Seine, en banlieue parisienne. Il y a déniché un document étonnant : sur quatre pages, deux versions d’un discours que le président français devait lire à Ottawa... avant d’annuler son dîner avec le premier ministre.

Il a lui-même écrit son allocution à la main, à travers un autre discours, dactylographié, probablement préparé par le rédacteur habituel de De Gaulle.

Les deux textes tranchent par leur contenu, l’un à la gloire du Canada, comme nouvelle nation, l’autre, à celle des Québécois et de leur droit à l’autodétermination.

« Je soupçonne qu’il a rédigé ce nouveau discours sur le bateau », dit Denis Monière, président de la Ligue d’action nationale, qui l’a trouvé dans les archives de la présidence française en octobre dernier. Car de Gaulle était venu à bord du Colbert, un croiseur de guerre, pour éviter de devoir atterrir dans la capitale fédérale, comme le veut le protocole habituel.

Manifestement, le général n’avait pas la même vision du Canada que le rédacteur du premier texte. L’allocution qu’avaient pondue ses services évoquait « les sacrifices » et la gloire « de ces héros » canadiens qui ont « lutté pour la liberté du monde » durant les deux grandes guerres, et saluait « un État fort et stable », un « pays neuf » et « en plein essor ».

Entre les lignes, le général trace un texte beaucoup plus politique sur le pays. « (...) la fraction de ses habitants qui est française d’origine, de caractère et de langue, s’affirme chaque jour davantage comme une entité destinée à disposer d’elle-même », écrit de Gaulle.

Puis, il tend presque un piège à Ottawa : « Tous deux (le Canada et la France) estiment que l’équilibre doit reposer sur le droit de chaque peuple à disposer entièrement de lui-même (...) sur l’obligation universelle de n’accepter et de ne reconnaître nulle part aucune conquête ou domination de terrain ou de population réalisées par la force. » Comme lors de la prise de Québec par les Anglais, en 1759...

Finalement, de Gaulle ne prononcera jamais ce « discours d’Ottawa ». Après son « Vive le Québec libre ! » sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, le général n’est plus le bienvenu dans la capitale fédérale. Il ne se présentera donc pas au dîner offert par le premier ministre Lester Pearson, où le général devait prononcer une allocution, le 27 juillet.

Sur une copie dactylographiée du texte figure d’ailleurs une note signée par le président lui-même : « N’a pas été prononcé, et pour cause ! »

La transcription

 

La version corrigée du discours d’ottawa