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Ils veulent que le tatouage reprenne ses lettres de noblesse

Plus d’une centaine d’artistes-tatoueurs ont convergé à Montréal ce week-end

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Habitué aux réceptions grandioses, le Théâtre St-James a accueilli une tout autre clientèle ce week-end à l’occasion du Montreal Ink, où plus d’une centaine d’artistes-tatoueurs de partout à travers le monde ont convergé afin que leur art reprenne ses lettres de noblesse.

« Pour notre première fois, on voulait faire quelque chose de gros où on misait sur la qualité et non la quantité. Cent cinquante tatoueurs ont été réunis et on en a refusé une centaine. Ici, tu as les Picasso, les Rembrandt, ce qu’il y a de meilleur pour le tatouage ! » s’exclame David James, l’un des organisateurs.

En plus d’avoir sélectionné les meilleurs dans leur domaine, les organisateurs ont voulu apporter une variété dans les styles employés par les artistes.

« Chaque visiteur peut y trouver son compte. Il y a des plus traditionnels, ceux qui touchent au réalisme, d’autres plus spécialisés dans les cartoons. Le but, c’est que chacun trouve au moins un style qui lui convient », précise Cindy James, une autre organisatrice.

Moment de réjouissances entre l’organisateur David James et son bon Cyril Magnetti, qui ont renoué huit ans plus tard.
Photos Agence QMI, Dario Ayala
Moment de réjouissances entre l’organisateur David James et son bon Cyril Magnetti, qui ont renoué huit ans plus tard.

Venue d’Islande

Plusieurs ont profité de leur passage à ce rendez-vous de tatouage pour s’offrir un souvenir indélébile grâce aux aiguilles et au savoir-faire des artistes sur place. Lors du passage du Journal dimanche, une cinquantaine de personnes se faisaient tatouer simultanément.

« C’est le bon moment pour rencontrer un tatoueur, apprécier ce qu’il fait et se faire tatouer. Certains ne sont pas à portée, donc c’est l’occasion d’en profiter », signale Cindy James.

C’est le cas pour l’artiste Marlena Sweethell, venue de l’Islande pour le Montreal Ink. « C’est la première fois que je viens à Montréal. Samedi, quelqu’un est venu voir ce que je fais et il a tout de suite voulu se faire tatouer », lance-t-elle.

Comme une famille

D’autres tatoueurs ont fait la route depuis la France, la Belgique, Tahiti et les États-Unis afin de participer à l’événement.

« C’est la grande famille du tatouage qui se retrouve. Tout le monde a la même passion. On revient à la base de ce qu’est réellement le tatouage. On montre ce qu’est réellement notre art », se réjouit M. James, tatoueur depuis 26 ans.

Preuve que la « famille » existe, un tatoueur de Nouvelle-Calédonie a fait 40 heures d’avion et trois escales afin de pouvoir retrouver son ami David James, qu’il n’avait pas vu depuis huit ans.

« C’était important pour moi d’être là pour la première édition. Malgré 15 heures de décalage, je commence déjà à m’habituer. En Nouvelle-Calédonie, c’est l’hiver, et je retrouve la même température ici », rigole Cyril Magnetti.

Ce dernier restera au Canada pour un mois afin d’être avec son ami et prendre part au Ink N Road de Lévis organisé par David James et sa bande. Devant la réponse du public, les organisateurs promettent déjà une suite à leur événement l’an prochain.

« On va rester au même endroit, c’est parfait comme ça. Il y aura toutefois un roulement des artistes pour permettre aux visiteurs de faire d’autres découvertes », conclut Cindy James.

Tatoués jusque dans le blanc des yeux

Karl Roy et Amy-Lee Gosselin, un couple de Sherbrooke, se sont fait tatouer le blanc des yeux.
Photo Agence QMI, Dario Ayala
Karl Roy et Amy-Lee Gosselin, un couple de Sherbrooke, se sont fait tatouer le blanc des yeux.

Tatoués jusque dans le blanc des yeux, un homme et une femme de Sherbrooke ont fait tourner les têtes lors du Montreal Ink.

Mais Karl Roy et Amy-Lee Gosselin ont appris à ne pas s’en faire avec les réactions que provoque leur apparence.

« On était rendus là dans notre cheminement. Mais nous sommes bien avec ce [dont] on a l’air, nous sommes heureux. C’est ça qui compte, non ? » lance M. Roy, qui a les yeux complètement noirs.

Lorsque la nouvelle qu’ils s’étaient fait colorer la membrane des yeux s’est propagée après un reportage du Journal, les réactions n’ont pas tardé à fuser, pour le meilleur et pour le pire.

« J’ai reçu des menaces de mort sur Facebook, de personnes qui étaient fâchées que j’aie fait ça. Je n’en revenais pas. Au moins [au Montreal Ink] les gens [nous] respectent. Nous sommes compris », affirme l’homme de 40 ans qui est lui-même tatoueur.

Souvent, les gens les arrêtent dans la rue pour prendre des photos.

« La plupart nous le demandent, mais certains nous dévisagent et prennent des photos. [...] Ils ont tendance à oublier qu’il y a un humain derrière les tatouages », souligne Karl Roy.

Procédure risquée

Le couple savait qu’il s’agissait d’une procédure risquée. Aussi M. Roy et Mme Gosselin ont-ils pris le temps de bien s’informer.

« Une chance, tout a bien été. Le plus difficile était de ne pas pouvoir se frotter les yeux durant la guérison. Je vois maintenant la vie en rose, pour de vrai », dit en riant Amy-Lee Gosselin, qui a voulu opter pour une couleur plus discrète.

Leur prochaine étape est de se faire tatouer la langue. La couleur que M. Roy a choisie est de nouveau le noir, tandis que sa conjointe a plutôt préféré le turquoise.