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Libres de ne pas être libre

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Le « Vive le Québec libre » du général de Gaulle a indéniablement propulsé le mouvement nationaliste québécois en lui procurant de la légitimité, en plus de faire apparaître notre petite nation au reste du monde.

Avec le recul, on ne peut toutefois qu’y reconnaître une certaine condescendance coloniale française qui avait agacé René Lévesque à l’époque. Il y avait quelque chose de folklorique dans ces « Français du Canada » dont Charles de Gaulle parlait avec affection.

Le 21e siècle bien entamé, il convient de reconnaître que les Québécois sont moins des Français qui vivent en Amérique que des Américains qui vivent en français.

Il plaît à plusieurs intellectuels de penser le contraire, mais il suffit de demander à tous ceux venus travailler ici depuis l’Hexagone pour se rappeler ce qu’est le Québec réel qu’ils ont trouvé.

Libre ou pas ?

Autre preuve de l’influence qu’a eue la déclaration du général, c’est de voir comment, 50 ans plus tard, la question nous taraude encore : le Québec est-il libre ou pas ?

Le point de vue indépendantiste, que je partage, c’est de dire que les Québécois vivent dans un ordre constitutionnel qu’ils n’ont pas choisi. Que leurs lois sont soumises à la caution de juges qui ne sont pas choisis par leur gouvernement, mais dont il doit payer le salaire.

Que la différence québécoise est constamment niée et que cela se fait sous les applaudissements ravis de notre premier ministre fédéral et de sa ministre du Patrimoine.

Bref, non, le Québec n’est pas libre.

Nos choix

Un fédéraliste répondrait certainement que, par deux fois, les Québécois ont répondu « Non » à la possibilité de sortir du Canada, ce qui représente de facto une acceptation du régime dans lequel ils évoluent. Un souverainiste répondra que, par deux fois, les promesses de changement n’ont pas été respectées et qu’au moins une fois, les défenseurs du Canada ont triché, ce qu’ils ont admis.

N’empêche. Il s’en trouvera également pour dire que ces vices de consentement et de forme dans l’adhésion du Québec au Canada ne sont pas si importants. Qu’ils constituent des problèmes mineurs par rapport aux « vraies affaires » ou aux vrais problèmes des vraies minorités. Dans le dernier sondage Léger, les électeurs de la CAQ et de QS sont les moins convaincus que le débat constitutionnel est important.

Ils réalisent ainsi la prédiction de l’ancien juge en chef de la Cour suprême, Antonio Lamer qui, lors de sa retraite, affirmait que les Québécois avaient accepté la constitution dans leur cœur.

La volonté des Québécois

À la fin, il faudra bien l’admettre, le plus grand obstacle à l’émancipation politique du Québec demeure l’absence de volonté du peuple qui l’habite de l’obtenir. Investi du sentiment d’avoir déjà disposé de cette question, il ne voit pas le cadre canadien comme un obstacle à sa réussite individuelle.

Le Québec n’est pas libre, donc. Et la principale raison, c’est que les Québécois, librement, ne rêvent plus qu’il le soit.

Désolé, mon général.