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De quoi j’me mêle, mon général?

Le général Charles de Gaulle
Photo d'archives, Ville de Montréal Le général Charles de Gaulle

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Il y a 50 ans aujourd’hui même, le général Charles de Gaulle se tenait sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal et prononçait son célèbre « Vive le Québec libre ».

Quel affront, quand on y pense. Il suffit de revisiter certains pans de notre histoire pour prendre la mesure de l’hypocrisie des propos de De Gaulle.

La France s’était soudainement amourachée des petits Canadiens français. « Ah, comme ils sont mignons ! » disaient-ils, comme s’ils étaient en pâmoison devant une portée de petits chiots. C’est pourtant cette même France qui nous avait abandonnés bien avant la conquête de 1759. Peu nombreux sont les cousins de l’autre côté de l’océan qui pleurèrent notre perte.

Et puis, soudainement, sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, le grand Charles nous fit la leçon politique. Évidemment, il faudrait être fou pour ne pas reconnaître que les mots prononcés retentirent d’un océan à l’autre. Et même bien au-delà de nos frontières.

Aujourd’hui

Si le général débarquait chez nous en 2017, le scénario serait-il différent ? Absolument. La réaction des Québécois serait épidermique. Pourquoi ? Parce que le Québec est autrement plus libre qu’il ne l’était alors. À deux reprises, au cours des 50 dernières années, il a librement choisi de demeurer une société distincte au sein d’un Canada fort. « Oui, mais le référendum a été volé, et puis les commandites, et puis le Love in... » Arrêtez un peu. Si le résultat de 1995 n’avait pas été le résultat de la volonté d’une majorité de Québécois, il y aurait eu un soulèvement. Une rébellion, en quelque sorte. Il n’en fut rien. Et c’est sans compter que les gains effectués au cours du dernier demi-siècle sont nombreux.

Rationalité

Une des différences les plus marquées entre le Québec d’alors et celui d’aujourd’hui réside dans les motivations qui pourraient animer le peuple québécois à vouloir diriger sa propre destinée. L’émotivité a fait place à la rationalité. Bon nombre d’indépendantistes sont encore et toujours accrochés à un vieux rêve poussiéreux. Pour eux, c’est une affaire de cœur et de rancœur. Sauf que les nouvelles générations, celles qui représentent les décideurs d’aujourd’hui et de demain, n’en ont que faire, des patriotes et des méchants Anglais. Ils veulent une société performante. Les arguments militant en faveur de la souveraineté doivent plus que jamais être de nature économique et pragmatique. Comme ce fut le cas pour l’Écosse, qui a bien failli se détacher du Royaume-Uni. Les beaux discours de politiciens et les paroles douces des musiciens ne suffisent plus.

Certes, le souvenir du passage de Charles de Gaulle suscite une bonne dose de nostalgie auprès de bien des souverainistes.

N’empêche que, si celui-ci débarquait chez nous aujourd’hui en nous faisant une fois de plus la leçon, il serait reçu à grands coups de « mais de quoi j’me mêle, mon général ? »