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De Gaulle : miroir de nos aspirations

De Gaulle : miroir de nos aspirations
Photo d'archives, AFP

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On dit des comptables qu’ils peuvent faire dire ce qu’ils veulent aux chiffres, on pourrait en dire tout autant des politiciens relativement à l’histoire de la visite du général de Gaulle et de son fameux Vive le Québec libre. Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que l’ex-président français ne déclamerait pas le même message aujourd’hui, s’il se retrouvait au côté de Philippe Couillard sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal.

Les politiciens d’allégeance fédéraliste ou indépendantiste tentent ces jours-ci de récupérer l’évènement, survenu il y a y cinquante ans, en lui prêtant des vertus qui accréditent leur thèse. Pour les fédéralistes, le grand Charles aura été une secousse bénéfique dans leur tranquillité béate pour faire du Canada un meilleur pays. Pour les indépendantistes, il est vu comme un libérateur de peuples qui tirait le Québec vers le haut, dixit le chef du Parti québécois. C’est ainsi que chacun se convainc que le général leur donnerait raison, s’il pouvait revenir sur terre et voyait le Québec d’aujourd’hui. Philippe Couillard est persuadé que de Gaulle verrait des citoyens plus libres pendant que Jean-François croit fermement  qu’il verrait une nation enchainée.

Je crois surtout, comme il y a cinquante ans, que l’ex-président nous renverrait l’image de ce que nous sommes et qu’il serait aujourd’hui très réservé sur la question de l’indépendance ou de la liberté parce que ses aides de camp l’auraient préalablement informé que le sujet ne soulève pas un grand enthousiasme ces derniers temps. À l’époque, le général s’était tout simplement inscrit dans l’atmosphère qui perçait le Québec des années 60 lors de son fameux cri et il reflétait nos désirs d’indépendance en pleine effervescence. J’oserais dire que c’est le peuple québécois qui le portait  vers le haut en lui permettant d’évoquer la naissance d’un pays français en Amérique et en effaçant du coup l’abandon de la France survenu deux cents ans auparavant.

Le passé janséniste du Québec et son empreinte judéo-chrétienne inclinent peut-être à croire au besoin de forces extérieures pour s’émanciper, mais nos politiciens ne devraient pas perdre de vue que le destin de la nation québécoise est entre les mains des occupants du territoire et que c’est en comptant sur leur force que le pays prendra forme ou se diluera de plus en plus en une province comme les autres. L’évolution du Québec n’aurait pas été différente sans la visite du président français.  En effet, les Québécois se sont dit non deux fois et ils sont effectivement moins libres collectivement et juridiquement, aujourd’hui qu’en 1967, vis-à-vis un gouvernement central qui a resserré l’étau avec sa constitution et sa loi sur la clarté référendaire.

Je demeure tout de même perplexe sur la discrétion des caquistes et solidaires en regard de la commémoration de cette visite. Le nationalisme des uns et l’indépendantisme des autres tiennent-ils à un coup de grimoire mystificateur pour confondre l’électeur sans autre fondement que le clientélisme? Ceux qui rêvaient d’une alliance du PQ avec la CAQ et QS, devraient plutôt être sidérés par les convergences potentielles de ces derniers avec les libéraux.

Les temps sont durs mon général pour la liberté!