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Demandes record chez les trans

La seule clinique au Canada à faire des opérations de changement de sexe doit s’agrandir à Montréal

Alexey Dupont-Bouchard
Photo Ben Pelosse Alexey Dupont-Bouchard, âgé de 22 ans, prend de la testostérone depuis maintenant cinq mois en vue de subir des chirurgies de changement de sexe pour devenir un homme et se sentir enfin lui-même dans son corps.

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La seule clinique au Canada à faire des opérations de changement de sexe est débordée et doit agrandir de 30 % sa capacité d’accueil à Montréal en raison d’un nombre record de demandes chez les personnes trans.

« On est un peu surpris par l’augmentation de la demande et on travaille fort pour être capables de les soutenir et de les aider, car ce sont des chirurgies complexes », explique la directrice générale du Centre métropolitain de chirurgie, Mélanie Dupuis.

Le ministère de la Santé a dénombré l’an dernier un nombre inégalé de nouveaux patients. Ce sont 178 personnes qui ont entamé une « réassignation sexuelle », selon des chiffres obtenus par Le Journal.

Ce phénomène se remarque d’ailleurs facilement à la clinique de Mme Dupuis, où le nombre de patients a bondi de 35 % depuis trois ans.

En 2016, ses six chirurgiens n’ont pas chômé, pratiquant un total de 655 chirurgies dans l’établissement du nord de l’île de Montréal, soit des phalloplasties, des vaginoplasties ou des mastectomies, par exemple.

Avec les travaux d’agrandissement qui doivent commencer sous peu, le Centre métropolitain de chirurgie espère pouvoir effectuer environ 200 chirurgies de plus dès le printemps 2018.

15 millions $

Les chirurgies de changement de sexe sont remboursées par le gouvernement depuis 2009. À ce jour, elles ont coûté près de 15 millions $.

Depuis deux ans, le Québec a remboursé les chirurgies de 237 patients. Cela inclut les nouveaux qui commencent une transition. Puis les anciens qui en poursuivent une, puisque les chirurgies peuvent s’étaler sur quelques années ou subir des complications.

Mais au Centre métropolitain de chirurgie, les patients ne viennent pas que de la Belle Province, mais aussi des États-Unis, d’Europe et même d’Australie, des Philippines et de la Polynésie française.

Mais surtout, sept ans après l’ouverture de la clinique, la chirurgienne Maud Bélanger remarque que la clientèle change.

Jeunes et accompagnés

« Les patients vont venir de plus en plus jeunes, avec leurs parents qui les soutiennent, mais il y a sept ans, on ne les voyait pas, les plus jeunes, ou ils venaient seuls, pas accompagnés et sans soutien », dit-elle.

Selon elle, il y a une plus grande ouverture d’esprit en 2017 par rapport aux changements de sexe. Et puis, les progrès technologiques rendent aussi les chirurgies de réassignation sexuelle moins effrayantes.

L’ouverture d’esprit des parents d’enfants trans, la sexologue et psychothérapeute Camille Chamberland la remarque aussi.

« Il y a tout un mouvement de visibilité, donc les jeunes peuvent nommer plus rapidement leur questionnement », dit-elle.

Dans son bureau, les jeunes trans viennent aussi avec leurs parents. Mme Chamberland voit aussi des parents seuls qui s’interrogent sur le comportement de leur enfant au primaire, par exemple.

Pour sa part, le président d’Aide aux trans Québec (ATQ), Julien Leroux-Richardson, croit aussi qu’il y a moins de craintes qu’avant à obtenir des soins médicaux et même à s’afficher publiquement.

Malgré tout, il reste du chemin à faire, dit-il. Selon l’ATQ, 70 % des personnes trans ont déjà pensé au suicide et entre 33 % ont fait une tentative.

Le taux de suicide est cependant 20 fois moins élevé une fois que les personnes trans consultent pour leur trouble de l’identité.

Prêt pour les opérations qui changeront sa vie

Les opérations de changement de sexe sont la seule façon de se sentir complètement lui-même pour un jeune trans de la Rive-Sud, qui vient d’entreprendre une hormonothérapie afin de devenir un homme.

« Pour moi, c’est vraiment important. Je ne veux pas juste une parcelle, mais être complet. Dans mon être, je ne suis pas censé avoir des seins ou porter des enfants », décrit Alexey Dupont-Bouchard, âgé de 22 ans.

Chacun sa façon

Depuis 2015, le gouvernement québécois permet aux personnes trans de faire changer le sexe, masculin ou féminin, qui est indiqué sur leur certificat de naissance sans qu’elles aient à se faire opérer.

Cette reconnaissance suffit à de nombreux trans, qui préfèrent ainsi ne pas passer sous le bistouri.

Car ce n’est pas une décision qui doit être prise à la légère, fait remarquer Alexey Dupont-Bouchard, qui a décidé de laisser Audrey derrière lui.

Appréhension

Il a d’ailleurs une certaine appréhension quant au déroulement des chirurgies. Il ne sait pas non plus si son entourage, comme ses parents et sa copine des cinq dernières années, restera à ses côtés.

Il prend de la testostérone depuis cinq mois, un premier pas vers les chirurgies de réassignation sexuelle à venir. S’il est aujourd’hui bien décidé, il a hésité avant d’entreprendre une transition.

Le jeune homme de Longueuil connaissait une personne qui s’est enlevé la vie en pleine transition, confie-t-il le cœur lourd. Il se souvient aussi d’un proche qui n’avait pas été accepté par sa famille en s’affirmant comme trans.

S’il a encore de la difficulté à mettre en mots sa dysphorie de genre, le jeune homme raconte que depuis qu’il est enfant, il n’aime pas toucher ou regarder ses parties génitales, par exemple.

Il se rappelle que c’est en regardant l’émission de télévision Je suis trans qu’il a commencé à être capable d’exprimer ce qu’il ressentait à l’intérieur.

« C’était un copié-collé de ma vie », dit-il. Il enregistrait les épisodes pour ensuite les faire regarder à sa mère pour qu’elle le comprenne.

Puis, un mardi matin à 5 h, il a demandé à son père comment il se sentirait de perdre une fille, mais de gagner un fils.

« Il m’a dit qu’il avait mis au monde un enfant et qu’il voulait juste qu’il soit bien, heureux et en santé », se souvient-il les yeux brillants.