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Quand l’État blanchit l’argent de la drogue

Cocaïne
Photo d’archives

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Il y a quelques jours, mon confrère Félix Séguin nous apprenait qu’un trafiquant de drogue, condamné à une peine de 10 ans de pénitencier pour son implication dans des activités de gangstérisme ainsi que de trafic de cocaïne et d’armes à grande échelle, avait reçu un avis de cotisation de Revenu Québec de 1 709 348 $ et un autre de 566 283 $ provenant d’Ottawa.

C’est la loi : même si vous gagnez votre vie en vendant de la drogue, vous devez payer vos taxes (TPS, TVQ) et vos impôts à l’État.

Opération du Saint-Esprit

Chaque fois que je lis une nouvelle de ce genre, je ne peux pas m’empêcher de rire.

Je sais ce que vous allez me dire : c’est une façon comme une autre de punir – et d’appauvrir – les criminels.

Pourquoi les gens honnêtes devraient-ils payer des taxes et des impôts, mais pas les hors-la-loi ?

Et puis, comme tout le monde le sait, c’est comme ça que le gouvernement américain a eu raison d’Al Capone. Ils l’ont envoyé en prison pour impôts impayés, et non pour participation à des activités criminelles...

Je sais, je comprends...

Mais avouez, c’est quand même bizar­re que l’État remplisse ses coffres avec de l’argent du crime organisé !

Tu n’as pas le droit d’importer ou de vendre de la coke... mais si tu le fais, tu dois payer ta cote à l’État ! Par ici les dollars !

C’est comme si l’État était une grande machine qui servait à « blanchir » l’argent sale !

Quand l’argent amassé par le trafic de drogue, la prostitution ou le jeu illégal dort dans le coffre-fort d’un bandit, il est sale.

La morale prend le bord !

Mais quand il est transféré dans le coffre-fort de l’État, ta-dam, il devient soudainement propre !

Tu parles d’une opération du Saint-Esprit, toi !

C’est comme s’il y avait deux morales : une pour les citoyens et une autre pour l’État.

Chaque fois qu’un trafiquant de drogue est arrêté et condamné, l’État calcule combien ce bandit a gagné d’argent pendant sa « carrière ».

Puis l’État sort son ordi et calcule sa cote.

La mafia fonctionne exactement comme ça : tu as vendu pour x millions de drogue sur mon territoire l’année dernière ? Tu me dois tel montant.

D’un côté, l’État dit qu’il est absolument immoral de vendre des drogues dures. C’est dangereux, ça ne respecte pas nos valeurs, etc.

Mais de l’autre, il n’a aucun scrupule à payer une partie de ses dépenses avec de l’argent gagné de façon immorale !

Suis-je seul à n’y rien comprendre ?

L’État passe son temps à nous faire la morale, mais quand vient le temps de garnir ses coffres, l’État ferme les yeux et sa morale prend le bord !

En 2008, j’ai rencontré le chef du service des enquêtes de Revenu Québec dans le cadre des Francs-tireurs. Je lui ai demandé si les tueurs à gages étaient tenus de payer la TVQ et la TPS.

« Absolument », m’a-t-il répondu sans rire.

Et si je suis trafiquant de drogue, mes voyages en Colombie peuvent-ils être considérés comme des dépenses d’entreprise ?

« Tout à fait », m’a-t-il dit, toujours sans rire.

Ben coudonc.