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Les PME risquent de perdre gros

Raymond Bachand, négociateur du Québec pour l’ALENA, tire la sonnette d’alarme

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Si le président américain Donald Trump va au bout de ses idées, les PME québécoises pourraient avoir de la difficulté à se faire payer par leurs fournisseurs américains, a confié au Journal, le négociateur en chef du Québec, Raymond Bachand.

M. Bachand s’inquiète du possible retrait du mécanisme d’arbitrage de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) vers lequel se tournent les entreprises en cas de litige.

« Tu n’es pas dans une relation commerciale avec quelqu’un si tu n’as pas de mécanisme neutre », a dit Raymond Bachand en marge d’une conférence, décochant une flèche bien sentie à l’administration Trump, qui a répété à plusieurs reprises vouloir y mettre la hache.

L’ex-ministre des Finances estime que le Québec a tout à gagner à enfoncer le clou de la mobilité de la main-d’œuvre pour que les travailleurs de chez nous puissent œuvrer d’un côté comme de l’autre de la frontière.

M. Bachand déplore aussi que la règle du « Buy American » devienne de plus en plus agressive aux États-Unis et propose un « Buy North America » qui inclurait le Canada.

Selon lui, le Québec doit miser sur l’intégration nord-américaine, car la vraie concurrence est asiatique.

« Peur d’avoir peur »

Pour Raymond Bachand, les Québécois n’ont par ailleurs pas à avoir peur que la culture soit attaquée lors des renégociations de l’ALENA.

« On peut avoir peur d’avoir peur, mais pour l’instant, dans les documents présentés par l’administration américaine au Congrès, la culture n’est pas une priorité », a-t-il noté, au sortir d’une rencontre avec les acteurs du milieu et les ministres de l’Économie, Dominique Anglade, et de la Culture et des Communications, Luc Fortin, à l’hôtel InterContinental Montréal, hier.

Même si la culture n’est pas sur la table des négociations en ce moment, Dominique Anglade a dit que son gouvernement veillait au grain.

« Le Québec va se battre bec et ongles pour défendre l’exception culturelle », a-t-elle promis.

Solange Drouin, directrice générale de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), et coprésidente de la Coalition pour la diversité culturelle (CDC), s’est elle aussi montrée rassurée, pour l’instant.

Préserver l’exception

« Si l’exception culturelle tombait, ça voudrait dire qu’il y aurait davantage de productions américaines ici et moins de protection pour nos contenus locaux, mais nous sommes loin d’en être là », a indiqué la directrice générale de l’ADISQ.

Avant la rencontre, d’autres acteurs du milieu culturel semblaient moins optimistes.

C’était le cas de Gilles Charland, directeur général de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS). « Que les multinationales paient leur juste part d’impôt. Après ça, on se sert de l’argent pour subventionner notre culture. Pourquoi pas ? » a-t-il proposé, ajoutant que Québec et Ottawa devraient s’inspirer de ce qui se fait en Europe ou encore en Australie.