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Petite histoire du monument en hommage aux femmes en politique

Le monument en hommage aux femmes en politique vaut le détour.
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES Le monument en hommage aux femmes en politique vaut le détour.

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Depuis son installation sur la façade sud de l’Assemblée nationale, sur la Grande Allée à Québec, le 5 décembre 2012, le monument en hommage aux femmes en politique attire les visiteurs. Et ça vaut le détour.

Un défi de taille

J’avais été chargée de présider le comité de mise en œuvre des travaux menant à la réalisation de ce magnifique projet. L’annonce en avait été faite, le 24 avril 2010, par le président de l’Assemblée, Yvon Vallières, dans le cadre du 70e anniversaire du droit de vote et d’éligibilité des femmes, accordé aux Québécoises par le premier ministre Adélard Godbout, en 1940.

Le comité, composé de représentantes de l’Assemblée nationale, de la Ville de Québec, de la capitale nationale et du Conseil du statut de la femme, avait une tâche colossale. Il était appuyé par des personnes-ressources des trois partenaires principaux qui avaient offert une collaboration exemplaire. Pourtant, ce magnifique monument a failli ne pas voir le jour.

Crédits Assemblée nationale

 

Un monument évolutif ?

Le comité de projet avait opté, en définitive, pour un monument en bronze à quatre personnages, les trois suffragettes qui se sont battues pour le droit de vote des femmes : Idola Saint-Jean, Marie Lacoste Gérin-Lajoie et Thérèse Forget Casgrain, et la première femme élue à l’Assemblée législative du Québec, Marie-Claire Kirkland-Casgrain.

Or, la Commission de la capitale nationale s’est opposée à ce que cette dernière y figure, pour une raison technique. Marie-Claire Kirkland était encore en vie alors que, pour faire l’objet d’un monument, la Commission exige que les personnages soient décédés depuis 10 ans.

Je n’oublierai jamais cette rencontre avec mon collègue Yvon Vallières, m’annonçant rien de moins que l’arrêt du projet. C’est alors que l’idée d’un monument évolutif a fait son chemin au sein du comité. On érigerait le monument avec les trois suffragettes, à l’automne 2012, et le 4e personnage viendrait plus tard, à une date indéterminée...

Mais lorsque la maquette du monument avait été dévoilée, en présence de l’artiste gagnant du concours, Jules Lasalle, le 5 décembre 2011, et face à l’enthousiasme du public et de tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, la Commission avait compris qu’inaugurer un monument inachevé n’était pas une bonne idée. Sage décision.

Jules Lasalle avait su lui donner une âme. En traçant une ligne de temps entre les trois suffragettes et Marie-Claire Kirkland, il a traduit fidèlement les mœurs de l’époque où les Québécoises votaient généralement comme leurs maris, c’est-à-dire contre les femmes.

Lise Bacon, ancienne vice-première ministre du Québec, se rappelle d’une assemblée tenue à l’hôtel Windsor, à Montréal, au début des années 1950, où Adélard Godbout avait interpellé les femmes en disant : « Je vous ai octroyé le droit de vote et d’éligibilité en 1940, qu’en avez-vous fait ? »

Une tentative de torpillage

Le concept du monument n’était pas la seule embûche. À l’été 2011, une fausse nouvelle avait circulé dans certains médias décriant le fait que le monument en hommage aux femmes en politique allait être installé sur la promenade des premiers ministres. Quel sacrilège !

Il n’en fallait pas plus pour que l’ancien premier ministre Bernard Landry sorte de ses gonds pour nous pourfendre : « L’histoire doit être respectée. Ils peuvent trouver un endroit proéminent sur la Colline pour les femmes, mais je pense qu’il faut réserver la promenade pour les premiers ministres » (Journal de Québec, le 30 août 2011).

Cette tentative de torpiller le projet s’est éteinte d’elle-même. Car l’œuvre en bronze avec ses quatre personnages est impressionnante par ses dimensions et ne pouvait pas s’accommoder d’un espace aussi réduit que celui d’une promenade.

De plus, pour faire un clin d’œil à l’histoire, je voulais que ce monument prenne place le long de la Grande Allée, à côté de l’imposante statue de Maurice Duplessis, celui-là même qui s’était opposé farouchement au droit de vote des femmes.

On a oublié les fouilles

Tout était attaché et il ne restait plus que l’étape de l’installation du monument sur le site qui lui était dédié, pour le dévoilement le 5 décembre 2012. Mais je n’en étais pas à ma dernière surprise. Constatant le retard d’une semaine dans la préparation du terrain, on m’explique que la Ville de Québec, chargée d’effectuer les fouilles archéologiques sur le site de l’Assemblée nationale, n’avait pas prévu de budget à cet effet, en 2012. Il fallait donc attendre l’année prochaine.

Pour avoir mené ce projet pas-à-pas, il n’était pas question de s’engager dans des dépassements de coûts et d’échéancier. L’actuel secrétaire général de l’Assemblée nationale, Michel Bonsaint, s’est montré très sensible à mes arguments et a veillé à ce que l’Assemblée assume l’opération dans les plus brefs délais.

Le monument en hommage aux femmes en politique est là pour nous rappeler cette page oubliée de notre histoire, celle des pionnières qui ont contribué à façonner notre démocratie et qui continuent de nous inspirer.