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Apprendre la survie

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Photo Martin Alarie Depuis une dizaine d’années, Mathieu Hébert suit des formations de survie variées. Le passionné aime partager son savoir en initiant petits et grands dans son école de survie les Primitifs.

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Partout, la nature nous entoure, densément ou timidement. Apprendre des techniques de survie, c’est bien plus qu’apprendre à survivre. C’est apprendre à vivre avec elle. Rencontre avec Mathieu Hébert, adepte et fondateur de l’école de survie Les Primitifs.

On se donne rendez-vous au mont Royal, une fois que Mathieu m’ait rassurée qu’on ne manquera pas de matériel à discussion malgré l’environnement mi-urbain. La nature est intéressante partout, insiste-t-il.

On n’est pas arrivé au sentier que comme de raison, Mathieu pointe quelques plantes qu’on pourrait se mettre sous les dents sans craindre un mal d’estomac.

«Tu sais que tu peux manger un pissenlit ? » explique-t-il avant de préciser que ce sont les feuilles et les racines qui sont comestibles.

«Ça n’existe pas, de la mauvaise herbe, ajoute Mathieu. On est tout le temps en train de marcher sur de la salade.»

La nature à nos portes

«Les gens qui vivent en ville ne connaissent pas moins bien la nature que ceux qui côtoient un environnement plus naturel », énonce Mathieu.

«Mais les gens qui habitent en ville savent qu’ils n’y connaissent pas grand-chose», souligne-t-il.

Ce n’est pas parce que l’on campe quelques fois par année et qu’on apprécie les activités de plein air qu’on maîtrise bien la nature qui nous entoure. Le regard est différent. «En survie, contrairement au plein air, il n’y a pas de destination», dit Mathieu.

Même si les autocars touristiques du mont Royal étaient toujours visibles et que les odeurs des BBQ de vacanciers bien perceptibles, on n’aura en effet pas bougé de plus d’une centaine de mètres de l’après-midi, tout étant sujet à découvertes.

Mathieu porte mon attention sur une entaille dans un arbre, m’apprenant que ces petits trous sont des marques de dents d’écureuils avides d’eau d’érable printanière, puis à de minces lignées à même la mousse, qui sont des pistes de limaces gourmandes. Il ne me serait pas venu à l’idée qu’on puisse manger l’un ou l’autre sans danger.

«En survie, je privilégie les sources de nourriture végétale d’abord», clarifie tout de même Mathieu, avant de hausser les épaules en disant qu’il mangerait des fourmis sans problème, mais qu’elles sont un peu chiches en calories.

Une chenille dodue et poilue capte notre attention. «Ah non ! Les chenilles, c’est souvent poison», précise-t-il.

Comme les autres instructeurs de sa « tribu », Mathieu a suivi des dizaines de formations pour peaufiner son art, fondé sur une passion pour l’essentiel.

La liberté d’abord

«La liberté, c’est d’avoir besoin du moins de choses possible », pense Mathieu. Lui n’a besoin de rien pour survivre en forêt.

Mathieu assemble branche par branche un abri de débris qui nous gardera au chaud. Au Québec, le nerf de la guerre, c’est de combattre le froid et l’humidité.

«En bas de 12o C, l’hypothermie est un danger», dit-il. L’abri est d’ailleurs la première chose à faire lorsqu’on est perdu en forêt ou qu’on souhaite y passer quelques nuits en toute connaissance de cause. Le choix des vêtements est aussi critique, selon Mathieu. C’est notre premier abri contre les éléments.»

Autres priorités en survie : l’eau, bien entendu, et conséquemment le feu, qui nous permettra de la bouillir pour la purifier, en plus de nous garder au chaud.

Mathieu nous enseigne quelques techniques pour faire un feu avec des bâtons. Mes réflexes auraient été plutôt de chercher des roches.

«On n’a pas les roches pour ça ici. Tu es mieux de privilégier des techniques par friction avec le bois, idéalement des branches de conifères», dit Mathieu.

Il y a mille et une choses à savoir. Surtout, il y a mille et une choses à pratiquer. «Plusieurs personnes ont le savoir, par le visionnement des émissions de survie par exemple, mais rares sont celles qui ont le savoir-faire pour les appliquer», précise Mathieu. Il faut se mettre les mains à la pâte – ou plutôt les mains dans la terre, et quelques feuilles sous les dents – pour apprendre ce que ceux avant nous ont toujours su.

L’éveil à la nature

«En anglais, on parle d’empowerment», indique Mathieu Hébert en référence au sentiment lié à la pratique de la survie. Il est sans aucun doute gratifiant de se débrouiller sans aucune aide matérielle.

Mais au-delà des connaissances acquises et du savoir-faire développé, des suites d’une formation en survie, il y a un nouveau regard, une nouvelle écoute. On n’est plus dans le mouvement. Les sens sont en alerte, et on saisit ce qui nous entoure. Pour repérer ces traces de renard, pour sentir ces feuilles de framboisier, on doit forcément ralentir.

Sans pour autant prévoir bouder ma tente et mon sac de couchage dans un avenir rapproché, cette initiation en survie m’invite sans aucun doute à en apprendre encore plus, de cesser de voir que la forêt pour la décortiquer, individu par individu, habitant par habitant. D’enfin véritablement faire connaissance après des années à se côtoyer.