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Otakuthon: plus qu'une histoire de manga

Otakuthon: plus qu'une histoire de manga
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En revenant de l’événement Otakuthon, je me demandais ce que je vous raconterais. Honnêtement, je suis un peu tannée de démystifier le phénomène du cosplay (ou la costumade). Est-ce nécessaire de toute façon? L’événement avait attiré l’an dernier plus de 20 000 personnes. C’est donc très populaire, et ça ne mérite plus d’être expliqué. Je me suis donc concentrée sur quelque chose de différent durant ma visite: les gens. 

Selon le guide Otakuthon, 73% des participants à l’événement ont moins de 25 ans. C’est palpable dès qu’on entre au Palais des Congrès. C’est jeune, donc, mais aussi bruyant et excité. Normalement en quête de paix et de silence dans mon quotidien, cette ambiance aurait tout pour me rendre irritable. Mais, mon coeur de Grinch a fondu. Je vous explique pourquoi.

 

Au saut du lit, j’ai sauté dans un taxi, encore endormie et affamée. Fidèle à mes habitudes, j’ai opté pour le dépanneur du Palais des Congrès, où l’on sert le fameux déjeuner Jimmy Dean aux crêpes.

En arrivant pour aller chercher mon délice calorique, j’ai vu la file d’attente s’étirer jusqu’en dehors du dépanneur. Too bad. Je me suis donc dirigée plutôt vers la salle principale de l’événement, où il y a des kiosques qui vendent tout plein de trucs. Mon premier stop: hentai.

L’Otakuthon célèbre la culture qui entoure l’animation et les mangas japonais. Le hentai est indissociable de cette culture [NDLR: tristement, pour certains fans]. Le hentai, c’est de la pornographie anime, et c’est presque aussi vieux que la pornographie qui met en vedette des vrais humains. 

J’arrête à un kiosque qui vend des items hentai. Il y a quelques affiches, mais surtout des DVD. Pour éviter de perturber les mineurs qui sont sur place, de jeunes hommes surtout, les affiches et pochettes ont été censurées. Je constate quand même que les «madames» ont de «très grosses boules».  Les responsables du kiosque m’ignorent complètement et continuent à débattre de la beauté d’une vedette américaine. J’attends qu’on me conseille dans ma sélection, puis je laisse tomber au bout d’un moment. Too bad, hentai, on se reprendra l’année prochaine.

Je sors de la salle principale pour aller manger. J’ai décidé de faire «comme les jeunes» et de m’asseoir sur le plancher du Palais des congrès. Mes pantalons sont trop serrés, j’ai mal au dos, j’échappe du ketchup sur mon chandail et je dois m’accoter sur le mur pour éviter de dévoiler ma craque de fesse. Et c’est là que j’ai mon épiphanie; entre deux bouchées de burger au poulet.

 

Pour la troisième fois, je vois des jeunes qui se promènent avec un carton sur lequel on peut lire  «câlins gratuits!». Ce ne sont pas les mêmes jeunes que tantôt, non, c’est une autre gang. Je continue à manger et je vois une autre gang avec des cartons identiques. Je vois aussi des gens courir vers eux pour sauter dans leurs bras, jaser un peu, puis se séparer. Mais c’est quoi, cet amour gratuit?

Ma mauvaise humeur chronique se dissipe. Devant moi, il y a des jeunes qui se rencontrent pour la première fois et qui célèbrent une chose simple : le bonheur d’être ensemble. 

 

Avec cette nouvelle foi en l’humanité, je retourne dans la salle principale où d’autres jeunes se font des câlins. C’est bien beau, la costumade, mais ce n’est qu’un intérêt. Ici, c’est surtout un endroit pour s’exprimer et dire haut et fort qu’on aime quelque chose avec tout son coeur.

Je croise des gens que j’ai connus au secondaire. Je me rappelle de leur «statut social» à l’école: ils étaient plutôt gênés. Les «cool» s’amusaient à se moquer d’eux et les rabaissaient parce qu’ils n’avaient pas nécessairement les vêtements les plus hot de l’heure. Mais ici, être «cool» n’est pas important. La jeune fille gênée du secondaire parle bien plus fort, elle rit, elle se promène avec ses copines et elle fait un peu de magasinage. 

On passe beaucoup de temps à être en crise identitaire au secondaire. On ne sait pas trop comment gérer nos hormones ou nos «obligations» sociales (imaginaires). La pression est intense, même si l’on ne sait pas encore que le pire est à venir. Devant moi, il y a un groupe de jeunes adolescentes qui ont des costumes faits maison de la tête aux pieds et je repense à mon adolescence. J’aurais tellement aimé faire partie de leur gang à leur âge, de marcher en toute confiance et de dire haut et fort que j’aime quelque chose. 

Je fais le tour des kiosques. Ça ressemble aux exposants de Comiccon mais il y a moins de trucs de superhéros. Contaminée par la béatitude ambiante, je m’achète une perruque. Moi aussi, je veux avoir du fun.

 

Je visite l’allée des artistes, un endroit normalement désert durant le Comiccon. Mais là, impossible de circuler. Les jeunes font la file devant les artistes locaux pour acheter des affiches de personnages de mangas. J’écoute une artiste donner des conseils à une jeune femme qui veut mieux dessiner. 

Je vais faire un tour dehors pour voir les cosplayers se livrer en pâture devant les photographes. Les enfants sont émerveillés et les modèles se prêtent au jeu comme de vraies rockstars.

 

Les jeunes à «l’Otak» sont bruyants, excités et me foncent dedans sans s’excuser. Ce matin, ça me dérangeait. Là, je quitte avec un  sourire quétaine estampé dans le visage. J’aimerais aimer quelque chose autant que ces gens aiment l’anime ou les mangas. J’aimerais passer 72 heures à travailler sur un costume pour le porter deux fois par année, simplement parce que ça me tente. J’aurais aimé être ici il y a 15 ans, je crois que ça m’aurait fait du bien.

Ça coûte peut-être cher, un événement comme l’Otakuthon. Les kiosques vendent des trucs dispendieux. Mais au-delà des cossins, c’est un endroit pour célébrer ce qu’on aime, et le partager avec des gens qui ne te jugent pas. Il y a aussi le karaoké, des conférences, des vedettes, et comme vous l'avez vu sur notre Story Instagram, de la danse.

Si mon futur enfant me dit, un jour, qu’il tripe sur les mangas et l’anime, je vais me réjouir.