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Plus de 15 millions $ pour gérer les feux de circulation

Des agents du SPVM ont passé 255 603 heures près des chantiers en 18 mois

Un policier en uniforme du Service de police de la Ville de Montréal  gérait la circulation lundi à l’angle des rues Wellington et Queen.
Photo Hugo Duchaine Un policier en uniforme du Service de police de la Ville de Montréal gérait la circulation lundi à l’angle des rues Wellington et Queen.

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Les Montréalais ont payé, depuis un an et demi, des sommes records de plus de 15 millions $ en salaires à leurs policiers uniquement pour s’occuper des feux de circulation près des chantiers routiers.

Entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2017, les policiers du SPVM ont travaillé pas moins de 255 603 heures supplémentaires facturées à temps et demi, seulement pour gérer les feux de circulation et le trafic au royaume des cônes orange, selon des données obtenues par la Fédération canadienne des contribuables (FCC) et par Le Journal.

Pour l’an dernier uniquement, la gestion de la circulation près des chantiers routiers par les policiers a entraîné des coûts inégalés de 10,5 M$, comparativement à 8,1 M$ l’année précédente et à 4,4 M$ en 2014.

Des « chiffres astronomiques », selon Carl Vallée, le directeur de la FCC au Québec, qui a réclamé ces renseignements du SPVM en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics.

« Ça m’est carrément venu à l’idée en conduisant dans les rues de Montréal à travers les cônes et les détours, a-t-il mentionné. C’est une source de frustration, comme pour plusieurs Montréalais dont la patience a atteint ses limites, et on veut sonner l’alarme. »

60 $ l’heure

Le SPVM lui a écrit qu’on ne savait pas combien avaient coûté les 177 438 heures supplémentaires payées à ses policiers pour gérer les feux de circulation l’an dernier — une année de 400 chantiers routiers — et les 78 165 heures défrayées lors des six premiers mois de 2017.

Mais la Ville de Montréal a précisé dans son dernier rapport financier rendu public en avril, que les heures supplémentaires versées aux policiers pour veiller à la sécurité routière près des chantiers a entraîné des dépenses alors jamais vues de 10,5 M$, l’an dernier.

Chaque jour, une centaine de policiers gagneraient une moyenne de 60 $ l’heure, durant une période minimum de quatre heures de travail payées à temps et demi, en surplus de leurs tâches régulières, tel que le prévoyait leur convention collective.

On leur aurait ainsi versé près de 4,7 M$ additionnels entre janvier et juin de cette année, selon le même calcul.

« Du gaspillage »

« C’est du gaspillage pur et simple de sommes énormes pour des tâches qui ne requièrent pas l’expertise des policiers, a réagi le conseiller municipal de Projet Montréal, Alex Norris. Et sachant qu’on a dû payer 1,4 M$ aux policiers pour fermer des rues pour la récente course de Formule E, on pourrait égaler en 2017 les sommes records qui ont été payées en 2016. »

Carl Vallée abonde dans le même sens. « On appuie toute mesure qui permettra de diminuer ces coûts à l’avenir et de réaffecter les ressources policières là où elles sont nécessaires. »

« Dans certains cas, il est sans doute approprié qu’un policier soit là pour gérer le trafic, mais il n’y a pas de doute qu’à plusieurs autres endroits, où il n’y a même pas de travaux en cours, c’est inutile et contre-productif », a ajouté le dirigeant de la FCC.

Joints pas Le Journal, la direction du SPVM, la Ville de Montréal et la Fraternité des policiers ont préféré ne pas commenter ces données.

La Ville et le syndicat silencieux

La Ville de Montréal et le syndicat représentant ses policiers refusent pour l’instant de dire si une solution moins coûteuse sera mise de l’avant pour diriger le trafic à proximité des chantiers.

Tant à la Ville qu’à la Fraternité des policiers et policières de Montréal, on a répété au Journal, la semaine dernière, que les détails du projet de convention collective sur lequel les deux parties se sont entendues le 24 juin demeurent « confidentiels », et ce, tant que les syndiqués ne l’auront pas entériné. Ce qui devrait être fait jeudi prochain.

Porte-parole de la Ville, Gonzalo Nunez a laissé entendre que cet enjeu a été discuté avec la Fraternité lors des négociations.

Civils

Plusieurs élus de l’administration Coderre, de même que le directeur du SPVM, Philippe Pichet, ont déjà réclamé sur la place publique la possibilité d’assigner des employés civils pour gérer la circulation près des chantiers, plutôt que des policiers. La convention collective précédente en vigueur au SPVM ne le permettait pas.

Lors des derniers mois, le SPVM a fait appel à des cadets — des étudiants qui envisagent de faire carrière comme policiers — pour accomplir certaines de ces tâches, ce qui lui a valu un grief syndical.

« Absurdité »

Alex Norris, de Projet Montréal, a demandé au maire « si on allait mettre fin à cette absurdité », à la fin juin, après l’annonce d’une entente de principe pour un nouveau contrat de travail au SPVM.

« Il m’a dit que c’était confidentiel. C’est frustrant. Mais j’espère que oui. On peut affecter nos policiers à des priorités bien plus importantes que cela et payer des civils trois fois moins cher pour faire le même travail, comme cela se fait à Vancouver. »

Temps supplémentaire

  • 10,5 millions $ pour 177 438 heures supplémentaires payées en 2016
  • 4,6 millions $ pour 78 165 heures payées entre janvier et juin 2017
  • 25 % de l’ensemble du temps supplémentaire aux policiers du SPVM, en 2016, l’a été pour gérer la circulation aux chantiers routiers
  • Salaire horaire moyen : 60 $ payés à temps et demi