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Sa majesté Philippe 1er

Sa majesté Philippe 1er
Photo Simon Clark

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Le 4 juillet 1958, le rédacteur en chef du Devoir, André Laurendeau, publie l’un des éditoriaux les plus célèbres de l’histoire du journalisme québécois : « La théorie du roi nègre ».

À l’époque, on pouvait encore utiliser le mot « nègre ».

Lors d’une conférence de presse, le premier ministre Maurice Duplessis avait expulsé un journaliste du Devoir qui n’avait même pas ouvert la bouche, simplement parce qu’il n’aimait pas la couverture de ce journal.

Les journaux anglophones hésitent pourtant à condamner ce geste inadmissible. Pourquoi ? se demande Laurendeau.

Roitelet

Quand les Britanniques conquièrent un territoire africain qu’ils transforment en colonie, explique Laurendeau, ils ont l’intelligence d’installer à sa tête un roitelet local qui fera le sale boulot à leur place.

Les indigènes seront flattés et endormis par le fait qu’un des leurs sera au sommet. Mais la vraie tâche de ce « roi nègre », explique Laurendeau, sera de garder les locaux bien soumis.

Les vrais maîtres accepteront que cet homme de main couronné fasse des excès, qu’il ait des lubies.

L’important est qu’il garde la maison en ordre et les indigènes à leur place. On lui donne une parcelle de pouvoir pour mieux contrôler le vrai pouvoir.

Depuis Laurendeau et les colonies africaines, les temps ont changé, les acteurs ont changé.

Mais regardons-y de plus près.

Philippe Couillard lancera bientôt une vaste commission visant à établir que tout le Québec souffrirait d’un grave problème de racisme « systémique ».

Il accuse Jean-François Lisée de rêver d’un Québec souverain qui refoulerait tous les demandeurs d’asile.

M. Lisée y a vu de la « malhonnêteté intellectuelle ». Il est exagérément poli.

M. Couillard pense que les « pôvres » anglophones du Québec doivent être rassurés et méritent des soins particuliers.

Pour lui, ceux qui ne partagent pas son multiculturalisme sans limites sont des intolérants et des crypto-racistes.

Mardi, M. Couillard disait que « [...] la liberté d’expression permet de dire des conneries », ce qu’il illustre lui-même de façon spectaculaire.

Plus que des conneries, ses propos sur la question identitaire sont insultants, injurieux et calomnieux.

Sous son règne, le PLQ manie la carte ethnique avec un cynisme et un sans-gêne inédits.

Imaginez le tollé si un autre parti au Québec faisait pareil.

Imaginez un premier ministre anglophone de l’Ontario qui diaboliserait ainsi ses adversaires, ou qui laisserait entendre de ses concitoyens ce que M. Couillard laisse entendre des Québécois francophones.

Non, on n’imagine même pas. Mais ici, chez les « primitifs », c’est possible.

Tranquilles !

Pourtant, entendez-vous les médias fédéralistes, anglophones et francophones, ou Justin Trudeau, ou l’establishment économique condamner les excès de M. Couillard ?

Non, parce qu’ils sont satisfaits qu’il « fasse la job » de culpabiliser tous les Québécois francophones.

Comme M. Couillard fait bien son boulot de défendre le statu quo et de garder tranquilles les indigènes, son cynisme méprisant et condescendant importe peu aux yeux des maîtres.

Comme au temps des colonies.

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