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Le poids des mots

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Photo Agence QMI, Daniel Mallard

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Les temps sont sombres. Par moments, on se croirait même propulsés dans un passé lointain qu’on croyait révolu. Extrême droite, suprémacistes blancs, néonazis, Ku Klux Klan, etc. La haine ne prend plus de vacances.

Depuis l’élection d’un président américain xénophobe et misogyne, les discours et les groupes haineux se multiplient aux États-Unis. À Charlottesville, les masques sont tombés.

Meurtre d’une jeune activiste antiraciste par un militant d’extrême droite empruntant la méthode djihadiste de l’auto-bélier. Saluts hitlériens décomplexés. Slogans racistes et antisémites scandés sans vergogne par des manifestants d’extrême droite armés jusqu’aux dents.

Réaction de Donald Trump : banaliser la violence verbale et physique de ces militants haineux en accusant les « deux camps » - racistes et antiracistes -, d’être aussi « extrémistes » l’un que l’autre.

Banalisation

Plusieurs ont parlé de la volonté partisane de Trump de ne pas s’aliéner le vote des suprémacistes blancs. Et si, plus simplement encore, la vraie raison de son refus de condamner le racisme est qu’il en partage lui-même l’idéologie nauséabonde ?

Au Canada et au Québec, le trumpisme traverse déjà nos frontières. S’il le fait heureusement à un bien moindre degré, il semble néanmoins que le meurtrier présumé derrière l’attentat à la mosquée de Québec ait été un admirateur de Donald Trump et Marine Le Pen.

Au-delà de cet attentat haineux, mais isolé, il importe d’éviter le piège de la banalisation de l’extrême droite, aussi marginale soit-elle ici. Un cas d’espèce : la manif de La Meute à Québec, un groupe anti-immigration aux allures paramilitaires.

Dimanche, ses dirigeants se sont vantés d’avoir manifesté de manière pacifique pendant que des activistes d’extrême gauche s’en prenaient aux policiers et à leurs militants. D’où la tentation de conclure à l’affrontement de « deux extrémismes ». On dirait l’écho de Trump après Charlottesville...

Le piège

Or, les casseurs de dimanche étaient certes violents, mais ils étaient surtout peu nombreux comparés aux centaines de militants antiracistes tout à fait pacifiques.

Il n’y avait donc pas « deux extrémismes » qui s’affrontaient. Les casseurs n’étaient là que pour casser. Leur violence physique est inacceptable, mais elle ne doit pas faire oublier la violence verbale et politique de l’extrême droite.

Au Québec, même s’ils « recrutent », les groupes d’extrême droite sont marginaux. D’où l’urgence de ne pas les légitimer pour l’unique raison qu’ils ne sont pas violents physiquement.

Et que dire de la démagogie de Philippe Couillard qui, en pleine année préélectorale, en fait ses choux gras partisans ? Pendant qu’il s’érige en demi-dieu de la tolérance, il accuse le PQ et la CAQ de « susciter » la mobilisation de l’extrême droite. Rien de moins.

Pour ou contre les positions de Jean-François Lisée et de François Legault sur l’immigration ou l’arrivée des demandeurs d’asile haïtiens, cette flèche de M. Couillard est du « fake news » de premier ordre. Indigne d’un premier ministre, elle témoigne d’un politicien pour qui la rétention du pouvoir justifie les moyens même les plus abjects.

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