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Suis-je meilleur enseignant que parent?

Suis-je meilleur enseignant que parent?

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Durant les premiers jours de juillet, j’ai joué le parent accompagnateur pour une sortie toute spéciale organisée par l’école de mon fils aîné: 5 jours de vrai canot-camping sauvage avec 11 enfants entre 6 et 8 ans. J’ai pu alors constater que j’étais parfois meilleur enseignant que parent...
 
Si je suis habitué à mener des projets colorés au cours desquels mes élèves et moi-même cherchons à repousser les limites de notre créativité, rien ne m’avait préparé à ce voyage. Malgré les multiples occasions où des enfants m’ont prouvé que ceux-ci sont capables d’aller bien au-delà de nos attentes, je dois avouer que cette expérience a changé le regard que je portais sur mon garçon et ses capacités.
 
Alors qu’il avait terminé l’année scolaire, ce petit groupe composé d’élèves du préscolaire et du premier cycle du primaire s’est lancé dans l’inconnu en faisant confiance à leur enseignante d’éducation physique particulièrement dynamique. Cette dernière leur proposait une semaine au coeur de la forêt en vivant avec peu de moyens et en travaillant en équipe afin de se sortir de multiples situations auxquelles ils n’avaient jamais été confrontés. Heureusement, un douzième invité était présent afin de mettre l'épaule à la roue: un garçon de 3e année particulièrement responsable qui a joué les grands frères pour l'ensemble de notre petite troupe.
 
Du matin jusqu’à tard le soir, ces enfants m’ont démontré à quel point ils pouvaient être autonomes et travailleurs. Corvées de bois, ménage, installation et démontage du camp, cuisine en plus de mener leurs embarcations à bon port: ils ont tout fait. Bien sûr, ils ont cumulé les erreurs, abîmé le matériel, perdu une partie de leur équipement et versé quelques larmes, mais ils sont arrivés à relever tous les défis proposés.
 
Il va de soi qu’ils ont eu besoin d’encouragements et de quelques conseils tout au long de ce voyage, mais au final, ils parvenaient à s’acquitter de tâches complexes ou éreintantes sans avoir constamment un adulte qui leur soufflait dans le cou. Grâce à cette liberté, leurs efforts les ont amenés à vivre des réussites qui faisaient briller leurs yeux de fierté même si c'était parfois difficile: chaque petite victoire sur la nature était un signe qu'ils n'avaient pas besoin de personne pour être "bons" dans quelque chose qu'ils ne connaissaient même pas quelques heures auparavant.
 
Ainsi, ces jours à servir à peu près uniquement de gros bras pour nos jeunes aventuriers m’ont fait comprendre que je sous-estimais beaucoup trop souvent mon fils et que je ne lui laissais pas le temps dont il avait besoin. C’est un peu comme si le rythme effréné de mon quotidien m’avait amené peu à peu à le presser toujours un peu plus afin de gagner du temps à travers chaque moment où je lui demande quelque chose...
 
Disons plus simplement que j’ai compris que je le protégeais trop, qu’il m’était difficile d’appliquer à la maison les principes les plus fondamentaux à mes convictions pédagogiques. En effet, chaque jour, je travaille à sortir les élèves de leur zone de confort, à les laisser se questionner et vivre des échecs afin que leurs apprentissages soient le résultat d’expériences concrètes qu’ils n’oublieront pas de sitôt. Il n’y a pas de meilleures façons d’apprendre que de vivre une large diversité de projets où les succès côtoient les échecs.
 
Mais, hors de mon école, de ce magnifique laboratoire où tout est possible, je redeviens beaucoup trop vite un adulte un peu usé qui a le nez constamment fourré dans les affaires de ses enfants. Cette liberté qui m’est si chère pour les enfants des autres, j’ai réalisé que j’ai encore beaucoup de chemin à faire pour que mes propres garçons y goûtent quotidiennement.  
 
Ainsi, j’ai pris la décision de m’investir davantage cette année dans ma vie de parent, pas nécessairement en terme de temps, mais dans tout ce qui concerne mon attitude et mes réactions face aux comportements de mes deux tornades. C’est trop facile de dire qu’il ne me reste plus de patience après une journée à gérer les problèmes et les humeurs de dizaines d’enfants...
 
Levé très tôt ce matin avec un mal de tête et deux enfants qui chantent à tue-tête, je réalise une fois de plus que de faire plus et mieux ne sera pas facile, mais j’ai décidé de m’inspirer de mon personnage de Monsieur Éric et de m’accorder le droit à l’erreur.
Après tout, parent ou élève, c’est un peu du pareil au même: c’est suivre un parcours qu’il nous faut constamment remettre en question et chercher à trouver le compromis entre nos désirs et ce qui est humainement possible de faire.
 
Bonne rentrée! Bonne année scolaire!