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Riposte salée d’un chef de police

Il prétend que l’ex-maire de L’Assomption, qui se serait targué de bien connaître un Hells, a voulu le faire taire

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Photo Axel Marchand-Lamothe L’ex-maire de L’Assomption, Jean-Claude Gingras, a intenté une poursuite en diffamation de 85 000$ contre le chef de police de la ville, Normand Desjardins, en 2016. Ce dernier vient de répliquer en demandant au tribunal de rejeter cette poursuite qu’il qualifie d’abusive et d’ordonner à l’ancien maire de lui verser 50 000$ en dédommagement.

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Engagé dans un bras de fer judiciaire où plane l’ombre des Hells Angels, le chef de la police de L’Assomption réclame maintenant 50 000 $ à l’ex-maire de la Ville pour avoir tenté de l’« intimider » et de le « faire taire ».

Normand Desjardins allègue que Jean-Claude Gingras le poursuit en diffamation dans l’unique but de l’empêcher de répéter que l’ancien maire de L’Assomption serait « ami » avec l’influent Hells Normand « Casper » Ouimet, selon une requête qu’il vient de déposer au palais de justice de Joliette.

<b>Jean-Claude Gingras</b></br>
<i>Ex-maire de l'Assomption</i>
Photo Mélanie Colleau
Jean-Claude Gingras
Ex-maire de l'Assomption

Estimant que c’est lui qui mérite un dédommagement, le chef croit que la poursuite « abusive » de 85 000 $ intentée à son endroit par l’ex-maire en 2016 n’a « aucune chance de succès » et doit être rejetée, d’après les documents judiciaires consultés par Le Journal.

Casper, Dark Souls...

Celui qui dirige le service de police de L’Assomption depuis 18 ans avait livré un témoignage explosif, le 10 février 2015, devant une commission d’enquête publique sur l’administration municipale à L’Assomption.

Durant une réunion, en novembre 2013, le maire déplorait que les policiers donnent « trop de billets d’infraction pour les silencieux de motos ».

« C’est là que monsieur le maire m’a dit qu’il connaissait très bien Normand “Casper” Ouimet, un Hells Angel », avait témoigné Normand Desjardins.

<b>«Casper» Ouimet</b></br>
<i>Hells Angel</i>
Photo d'archives
«Casper» Ouimet
Hells Angel

Le chef avait ajouté qu’en 2014, le maire a eu des lifts dans la Cadillac d’un membre d’un gang partisan des Hells, le Deimos Crew. De plus, il a mentionné que M. Gingras a eu des liens avec une relation des Dark Souls — un autre des sept clubs supporteurs des Hells au Québec — qui militait contre le « harcèlement policier ».

« Nullement diffamatoire »

Au printemps 2015, la commission blâmait M. Gingras, le gouvernement demandait aux tribunaux d’évincer le maire de ses fonctions et la Ville était mise sous tutelle.

Le maire déchu soutient que les déclarations du chef de police sont « fausses ».

« La déclaration de M. Desjardins lors de la Commission n’est nullement diffamatoire et n’a causé aucun dommage à M. Gingras », riposte le défendeur.

Ses avocats rappellent que le court règne de M. Gingras à la mairie était déjà marqué de controverses. L’UPAC l’a appréhendé pour abus de confiance et entrave à la justice, à l’été 2014, et les policiers de L’Assomption l’ont arrêté pour conduite en état d’ébriété la même année. Il n’a pas encore été jugé.


« Casper » Ouimet purge une peine de 12 ans d’incarcération pour complot de meurtres, gangstérisme et blanchiment d’argent.

Les motards devaient être bienvenus

L’ex-maire et l’ancien directeur général de L’Assomption se sont ingérés dans le processus judiciaire pour faire annuler des tickets que les policiers avaient décernés à des motards.

La juge Louisa Arcand ne s’est pas gênée pour le rappeler, le 7 juillet dernier, en rejetant une requête de Jean Lacroix, que l’ex-maire Jean-Claude Gingras avait nommé à la direction générale de la Ville de L’Assomption au printemps 2014.

Les deux hommes avaient été sévèrement blâmés par une commission d’enquête publique chargée de faire la lumière sur leur administration municipale, en 2015.

Avocat de profession, M. Lacroix demandait à la Cour supérieure de refiler aux contribuables de sa ville la facture de 169 172 $ en frais d’avocats qu’il avait montée dans le but de contester les blâmes adressés à son endroit par cette commission.

« Pas assez de chances... »

À la demande du maire, Lacroix a « fait avorter » les procès de plusieurs motards qui contestaient les billets d’infraction que les policiers leur avaient remis parce que le système d’échappement de leur moto était jugé trop bruyant, à l’été 2014.

Comment ? Prétextant de « fausses considérations économiques » selon la juge, l’ex-DG a lui-même remercié l’expert engagé par le contentieux de la Ville pour témoigner en cour et étayer la preuve de la poursuite contre des motards.

Pis encore, lorsqu’il a été interrogé par la commission, Lacroix a laissé entendre que « les contrevenants n’avaient pas assez de chances de se défendre [contre] une preuve trop forte ».

Dominique Valiquette, le prédécesseur de Jean Lacroix, avait éclairé la commission sur les motifs de pareils grenouillages.

« M. Gingras voulait que des motards se sentent les bienvenus à L’Assomption pour faire rouler les commerces de la rue principale. Je trouvais un peu consternant d’entendre ça... »

Ce qu’a dit le chef de police

« Monsieur le maire, d’un ton insistant, m’a dit que mon service de police donnait trop de billets d’infraction, notamment des billets de silencieux pour les motards. Je l’ai avisé qu’il ne pouvait pas embarquer dans les opérations policières. »

« J’ai été très surpris que monsieur le maire m’affirme ça, dire au chef de police : “Je connais très bien un Hells Angel”. »

« Il le connaît personnellement. Il a dit qu’il connaissait M. “Casper” Ouimet parce qu’ils ont fait du baseball ou coaché au baseball ensemble. Et puis il m’a dit qu’ils avaient eu des rencontres par la suite. »

« Ça peut être une certaine façon d’intimider avec ses relations. [...] On peut être intimidé par les motards [mais] je n’ai pas été intimidé par les motards. »

« Je l’ai avisé qu’il ne pouvait pas embarquer dans les opérations policières. [...] C’est de l’ingérence politique pure et simple [...] pour satisfaire les besoins des groupes de motards. »

– Le chef de police Normand Desjardins, en relatant une réunion avec l’ex-maire Gingras