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Un ingénieur blâmé pour avoir voulu alerter le public

Un ingénieur blâmé pour avoir voulu alerter le public
Photo d'archives

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Un ingénieur est blâmé par son ordre professionnel pour avoir alerté les médias en 2013 d’un possible danger pour les automobilistes circulant sur le pont Champlain.

Jean-Claude Gilbert a plaidé coupable de « divulgation d’information confidentielle, au préjudice de son client » devant le conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs, le 16 août dernier.

Ce client, c’est la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain incorporée (PJCCI). Celle-ci s’est plainte après que M. Gilbert eut informé un journaliste de Radio-Canada en mai 2013 qu’un bris de joint de dilatation mettait en cause la sécurité des utilisateurs du vieux pont Champlain.

Perte d’emploi

« J’ai simplement voulu informer les gens qui roulent sur le pont. La confidentialité est inscrite dans le Code de déontologie des ingénieurs, mais la protection du public aussi », insiste M. Gilbert en entrevue avec Le Journal.

M. Gilbert est ingénieur en soudage depuis près de 30 ans. Il a inspecté le pont Champlain durant 10 ans et était même responsable de cette tâche en 2013 pour le compte de la firme AECOM.

Après avoir constaté le bris sur la vieille structure, qu’il jugeait dangereux, il s’est confié à un journaliste de Radio-Canada, appuyant sa révélation sur une vidéo qu’il a tournée sur les lieux. « Je n’ai pas fourni d’éléments cachés, c’était à la vue de tout le monde », dit-il.

Selon les accusations portées contre lui, M. Gilbert aurait dû informer son employeur avant d’aller voir les médias. Mais il avait été congédié juste après avoir découvert le bris pour avoir omis de porter son casque de sécurité lors d’une inspection.

Équilibre délicat

« Cette situation met en lumière l’équilibre délicat entre l’obligation de réserve chez les professionnels et la responsabilité d’alerter quand le sujet est d’intérêt public », commente l’avocat François Fontaine, qui représente notamment Québecor et Le Devoir à la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques.

Depuis qu’il a parlé dans les médias, l’ingénieur confie avoir de la difficulté à se trouver des contrats.

« Cette histoire m’a beaucoup nui, à moi et à ma famille », dit-il.

M. Gilbert attend désormais sa sanction. Selon une entente commune, il s’agirait d’une amende de 5000 $, plus les frais de dossier.

M. Gilbert tente cependant d’être acquitté du paiement de ces frais. « J’espère que la sanction finale sera juste », dit-il.

La société PJCCI s’est dite satisfaite de la décision rendue, mais n’a pas souhaité faire plus de commentaires.

Étant donné qu’aucune décision finale n’a été rendue, l’Ordre des ingénieurs n’a pas souhaité réagir.