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Récompenser l’incompétence

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Il y a des employés qu’on protège trop.

Et d’autres qu’on ne protège pas assez.

Protégés à vie

Prenez le texte de Charles Lecavalier que Le Journal a publié hier.

En 10 ans, au Québec, aucun haut fonctionnaire n’a été congédié.

Raison donnée par le Conseil exécutif ? « Aucune situation n’a justifié le recours à un congédiement... »

Le cafouillage de l’autoroute 13 ? Les millions perdus dans le bordel informatique ? Les pratiques douteuses à Transports Québec ?

Le flop du Dossier Santé Québec ? Les allégations de fraude à la Société immobilière ? Les pertes colossales de la Caisse de dépôt ?

Bof.

« Shit happens », comme disent les Chinois.

Pas nécessaire d’en faire tout un plat.

Qui n’a pas fait d’erreur, hein ?

C’est arrivé comme ça. Comme une inondation ou une tornade.

Un acte de Dieu. Une malchance.

C’est la faute à personne. Ça ne sert à rien de chercher un ou des coupables, il n’y en a pas.

Ben coudonc.

Dans la haute fonction publique québécoise, les boss des bécosses sont intouchables.

Quand ils font des gaffes, on les prend et on les change de bureau, c’est tout.

Même vue sur Grande-Allée, même plante verte, même taille-crayon, mais une autre case dans l’organigramme psychédélique de l’État.

Personne n’est responsable

C’est comme si la machine était tellement grosse que plus personne n’était responsable de quoi que ce soit.

Définition d’imputabilité dans le Larousse : possibilité d’attribuer à un individu la responsabilité d’une infraction.

Eh bien, chez les mandarins, cette possibilité n’existe pas.

Oubliez Miss Scarlett, Mrs. White et le Colonel Moutarde : dans cette version surréaliste du jeu de Clue, il n’y a ni suspect ni coupable.

C’est le hasard dans la librairie avec le revolver.

Ou la malchance dans la salle de billard avec le chandelier.

Quoi que tu fasses, tu vas toujours passer Go et empocher ton chèque.

Que des échelles, jamais de serpents.

La belle vie, quoi.

Le monde à l’envers

À l’autre bout du spectre, l’histoire dévoilée par mon confrère Matthieu Payen : un ingénieur a été blâmé par son ordre professionnel pour avoir alerté les médias d’un possible danger pour les automobilistes circulant sur le pont Champlain.

Le gars transmet une information d’intérêt public à un journaliste pour protéger les citoyens ?

Il se fait taper sur les doigts par son ordre professionnel et se retrouve avec une tache dans son dossier.

Résultat : il est « brûlé » et a de la difficulté à se trouver un emploi.

C’est le monde à l’envers.

Des incompétents protégés à vie et des citoyens responsables qui se font sacrer à la porte.

Morale de l’histoire : les gens qui vous disent que l’honnêteté et la compétence paient se foutent de votre gueule.

Il n’y a qu’au cinéma que les bons gars sont récompensés.

Dans la vraie vie, la justice a les yeux croches.

Cours de morale

La preuve ?

On se fend en quatre pour venir en aide à des migrants qui ont franchi illégalement nos frontières, mais faisons attendre ceux qui ont suivi les règles.

J’aimerais ça, donner des cours de morale aux étudiants.

Je leur dirais la vérité.

À savoir qu’être gentil, patient et honnête ne mène nulle part.