/sports/opinion/columnists
Navigation

Comme perdre trois fois en prolongation

SPO-TEN-GSE-2017-US-OPEN-TENNIS-CHAMPIONSHIPS---DAY-7
Photo AFP Bon joueur, Denis Shapovalov s’est empressé de féliciter Pablo Carreno Busta.

Coup d'oeil sur cet article

Denis Shapovalov est un Canadien. Il a grandi dans le hockey. Normal qu’il ait trouvé dans le hockey la comparaison qu’il cherchait pour se raconter en parlant des trois sets perdus en bris d’égalité hier au US Open : « C’est comme la prolongation au hockey, c’est toujours excitant et passionnant. Chaque point prend une très grande importance. On gagne ou on perd », disait-il aux journalistes dans la salle d’entrevues après son élimination contre Pablo Carreno Busta.

Le gars de 18 ans est resté solide dans la défaite. Il n’a pas cherché d’excuses. Il a préféré vanter Carreno Busta, qui a dominé lors des points cruciaux. C’est là qu’on voit l’expérience. Parce que Shapovalov aurait pu gagner ce match. Ou au moins, le pousser à la limite des cinq sets.

Des avances perdues

Le jeune a perdu de belles avances. Il menait 5-2 dans le premier set avant d’ouvrir la porte à l’Espagnol par un bris de service. Il lui a fait le même coup en deuxième set, mais a été incapable de capitaliser au bris d’égalité. Il menait 3-0 dans le troisième set, mais n’a pu s’ajuster au jeu méthodique de son adversaire.

C’est simple. Quand on commet 55 erreurs non provoquées dans un match, même si on réussit 54 coups gagnants, on joue avec le feu. Et Shapovalov a montré qu’il n’avait que 18 ans quand les choses se corsaient.

Il a entrepris les deux derniers bris d’égalité par des doubles fautes. Autrement dit, la raquette pesait 100 livres. Et sa gestuelle montrait amplement qu’il était déboussolé sur le court. Les appels au secours du regard vers Martin Laurendeau en disaient beaucoup.

Une bouffée d’air frais

Mais on s’en fout. Ce que Shapovalov a réussi au mois d’août va complètement changer sa vie. Fini les qualifications aux tournois du Grand Chelem, fini l’anonymat dans les tournois de tennis. Quand il va se présenter dans une ville asiatique pour la saison d’automne, avec sa frimousse et sa crinière blonde, il va être reçu comme une star.

Dans le tennis professionnel, où les vedettes ont tous les privilèges et où les cols bleus doivent payer leur chambre d’hôtel dès qu’ils sont éliminés d’un tournoi, la différence entre la vie « première classe » et la vie « classe économique » est énorme. C’est un poids que Shapovalov n’aura pas à porter dès 18 ans.

Et puis, lui et les autres jeunes loups qui cognent aux 20 premières positions de l’ATP font rêver les dirigeants du tennis. La mise en marché des six ou sept joueurs qui contrôlent le top 10 depuis dix ans est saturée. Rolex a fait le tour avec Roger Federer. À un moment donné, on va vouloir vendre des montres aux nouveaux riches. Shapo sera là.

Le sourire des enfants

Shapovalov a terminé en beauté son passage à New York. Il a remercié la foule, qui lui donnait une ovation debout. Après, avec des yeux émerveillés, il a raconté que la veille, il se baladait à Central Park quand un jeune l’a reconnu : « Il est venu me voir. Je voyais dans ses yeux qu’il voulait me parler, mais il était tellement ému qu’il tremblait. En fait, il tremblait tellement qu’il n’arrivait pas à parler. Je lui ai dit que c’était bien moi... ses yeux brillaient. En fait, j’ai comme réalisé que c’est pour des moments comme ceux-là qu’on joue. Pour les enfants qui rêvent », a-t-il raconté.

Au Canada, ce sont les joueurs de hockey qui font rêver. Shapovalov n’a rien enlevé à la maladie nationale du pays. Mais il a précisé que depuis quelques années, le tennis a tellement fait de progrès que les parents commencent à se dire qu’il y a peut-être d’autres sports qui peuvent passionner leurs enfants.

On le savait déjà avec le soccer dont la pratique dépasse le hockey au Québec, mais le tennis a déjà fourni deux joueurs qui ont atteint le cinquième rang mondial au cours des trois dernières années. Milos Raonic et Eugenie Bouchard.

Les leçons d’eugenie

Justement, Denis Shapovalov court-il le danger de devenir un autre Genie Bouchard ? Il est beau, il est flamboyant et il a conquis le cœur de l’Amérique pendant cette épopée au US Open. Comme Eugenie Bouchard l’avait fait à Wimbledon.

Ça veut dire que les marchands du temple vont lui courir après dès demain matin. Des casquettes Shapo, il va s’en vendre partout sur la planète. Et des chandails et des chaussures. Ça va débouler.

Et il est encore plus jeune que ne l’était Eugenie.

On peut espérer qu’il sera mieux entouré, mieux encadré. Martin Laurendeau n’a rien d’un Ti-Paulo Vincent. C’est rassurant. Et la mère de Shapovalov me semble... disons que... ben, vous comprenez...

Enfin, je vais m’arrêter là...

Un gros bravo. Ç’a été un mois d’août d’enfer !