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Soigner ou accommoder?

La présidente des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur, affirme
que les demandes d’accomodements sont quotidiennes, selon ses membres.
Photo d'archives La présidente des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur, affirme que les demandes d’accomodements sont quotidiennes, selon ses membres.

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Je pensais sincèrement que le temps avait amélioré les choses en matière d’accommodements déraisonnables. Je croyais que sans faire trop de bruit, les directions d’établissements qui offrent des services publics avaient pu établir un cadre pour gérer les demandes.

Et je croyais que le projet de loi 62 à l’étude à l’Assemblée nationale viendrait sceller le tout puisqu’il contient un chapitre assez bien accueilli sur la question des accommodements. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre la présidente de la Fédération des médecins spécialistes affirmer que les demandes d’accommodements sont encore constantes et ingérables dans le milieu hospitalier !

Diane Francoeur, parlant au nom de ses collègues médecins, va très loin. Elle affirme que les demandes d’accommodements sont quotidiennes. Au nom de la religion ou de la culture, des gens ne veulent pas être soignés par un médecin de tel sexe.

Des hommes médecins seraient priés de quitter la salle d’accouchement au risque de mettre en péril la santé de la mère ou de l’enfant. Professionnels, les médecins insistent, mais la tension peut monter et la situation s’envenimer.

Pourtant, le médecin est là pour soigner. Il n’est pas censé jouer un rôle de gros bras pour imposer la santé au-dessus de la religion. Il n’est pas censé être le portier des accommodements inacceptables comme un portier de boîte de nuit.

Homosexuels

La porte-parole des médecins spécialistes va même jusqu’à affirmer que des patients refusent d’être aidés par du personnel soignant en raison de l’orientation sexuelle. Quoi ? L’orientation sexuelle n’est pas affichée sur le sarrau du personnel.

Doit-on déduire qu’au nom de la religion, des gens rejettent les soins d’un infirmier trop efféminé ? Ou d’une femme médecin trop masculine ? Docteur X a les cheveux courts et les épaules un peu carrées, donc je pense qu’elle est lesbienne, donc je ne veux pas qu’elle m’examine ? Non, non, non ! Personne ne doit avoir la moindre oreille pour cela !

Pour l’heure, je crois comprendre que les cas sont gérés à la pièce et que dans la majorité des cas, les soignants soignent et refusent d’accommoder. Or, ils auraient espéré que le gouvernement vienne trancher la question d’une façon limpide dans un projet de loi sur la laïcité.

Pas réglé

Selon les médecins spécialistes, l’actuel projet de loi qui parle de neutralité religieuse et non de laïcité ne changera rien sur le terrain. Il ne donnera pas une assise claire aux gens sur le terrain et n’aura pas l’effet d’annoncer clairement un refus systématique de tous ces accommodements déraisonnables.

Le projet de loi 62 ne fait pas son travail s’il ne fournit pas des balises claires dans un secteur aussi névralgique que la santé. S’il ne donne pas aux patients un message non équivoque sur l’égalité des sexes face au personnel soignant, le projet de loi du gouvernement Couillard laissera une tâche à moitié complétée.

L’intervention des médecins spécialistes nous a rappelé que le dossier des accommodements religieux est peut-être sorti de l’actualité chaude parce que les cas sont répétitifs. Cependant, il n’est pas réglé.