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Un trou sans fond avec les prêts rapides

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Jocelyne Tremblay, 67 ans, ne vit que de sa modeste pension de retraite. Lorsque sa fille, harcelée par les créanciers, lui demande de lui prêter 5000 $, c’est la panique. Au pied du mur, elle se tourne alors vers des prêteurs peu regardants...

« Prêt accordé en 30 minutes », « prêt sans enquête de crédit », « deuxième chance au crédit »... Il est facile d’obtenir un prêt, même lorsque notre institution financière refuse de dénouer les cordons de la bourse. Mais attention, car ces « généreux » prêteurs vont vous faire payer très cher la rallonge financière qu’ils vous ont accordée. C’est ce qu’a appris Mme Tremblay à ses dépens, lorsqu’elle a contracté trois prêts pour aider sa fille à se libérer d’une dette de cartes de crédit.

Petits prêts, gros taux d’intérêt

Comme le faisait miroiter une publicité entendue à la radio, Mme Tremblay a effectivement obtenu un prêt de 800 $ en 30 minutes, remboursable en quatre mois. Mais pour y avoir accès, elle a dû accepter de payer des « frais de courtage » supplémentaires de 304 $. « Cela représente des frais de crédit de 169% sur une base annuelle », souligne Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité, président de Jean Fortin et Associés.

Un deuxième montant de 3400 $ remboursable en 12 mois a été accordé à Mme Tremblay par un autre prêteur. Le hic : un taux d’intérêt de 36%, ce qui représente 900 $ supplémentaires, pour un paiement mensuel de 358 $. Pire encore, pour « garantir le prêt », le créancier a fait signer à Mme Tremblay un document selon lequel elle lui « vend » une bonne partie de ses meubles. « Ce faisant, le créancier contourne l’interdiction du Code civil du Québec de prendre en garantie des biens meublants », indique Pierre Fortin.

Enfin, Mme Tremblay a contracté un dernier prêt de 1000 $, à un taux de 40% d’intérêt annuellement, ce qui représente un remboursement mensuel de 102 $ sur 12 mois.

Au bout du compte, Jocelyne Tremblay se retrouve donc avec des paiements totalisant 764 $ par mois, alors que sa pension de retraite n’est que de 2000 $.

Reprendre le contrôle

Pour l’aider à reprendre le contrôle de la situation, Pierre Fortin lui a d’abord conseillé de contacter un avocat de l’aide juridique afin de protéger ses droits sur ses biens meubles. « Si elle ne rembourse pas son prêt, le créancier peut en prendre possession ! » prévient le syndic.

Dans un deuxième temps, M. Fortin a travaillé avec la fille de sa cliente afin qu’elle prévoie un montant à son budget afin de rembourser sa mère. « En faisant les sacrifices nécessaires et en assumant ses responsabilités, la mère sera épargnée financièrement et la fille se souviendra de cette leçon à l’avenir », dit M. Fortin.

Conseils

  • Réfléchissez bien avant de prêter de l’argent à vos proches : en plus de créer des tensions familiales, cela ne réglera pas un problème récurrent de consommation, par exemple. Mieux vaut réserver ce type de dépannage à des choses utiles ou nécessaires : remplacer un réfrigérateur, payer une session à l’université, etc.
  • Évitez les prêts sans enquête de crédit. Ces contrats contiennent de nombreux pièges qui, à terme, les rendent très coûteux. Cette aide temporaire pourrait vous couler pour de bon !
  • Surveillez les changements à la Loi sur la protection du consommateur qui seront débattus à l’automne. Les nouvelles dispositions pourraient obliger les prêteurs à effectuer une évaluation financière de la situation des emprunteurs et, lorsqu’il s’agit de prêts à taux de crédit élevé, de calculer le ratio d’endettement et d’en remettre une copie au débiteur. Si ce ratio excède un certain pourcentage, le consommateur pourra faire réduire les frais ou carrément annuler le contrat. Dans le cas de Mme Tremblay, avec un ratio d’endettement de 59%, elle aurait effectivement pu faire annuler l’entente.