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Des quartiers qui s’embourgeoisent

Les résidents les moins fortunés pourraient faire les frais de la hausse de revenus à certains endroits

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OTTAWA | La forte hausse des revenus dans plusieurs quartiers de Montréal et de Québec en plein embourgeoisement fait craindre pour le sort des résidents les moins fortunés qui y habitent.

Voir les revenus bondir dans son quartier en quelques années peut être une bonne nouvelle, sauf si vous êtes moins fortuné et n’arrivez pas à payer l’augmentation de loyer, s’inquiètent des experts.

Des actes de vandalisme anti-embourgeoisement ont été perpétrés contre des commerces du quartier Saint-Henri à Montréal l’an dernier. Ce quartier figure au sixième rang des lieux où le revenu médian a le plus augmenté au Québec. Une prospérité qui laisse pour compte une partie des résidents les moins fortunés.
Photos d’archives, Hugo Duchaine et judith plamondon
Des actes de vandalisme anti-embourgeoisement ont été perpétrés contre des commerces du quartier Saint-Henri à Montréal l’an dernier. Ce quartier figure au sixième rang des lieux où le revenu médian a le plus augmenté au Québec. Une prospérité qui laisse pour compte une partie des résidents les moins fortunés.

« Le revenu médian [la moitié gagne plus et l’autre moitié gagne moins] est un bon indicateur pour savoir là où la ville devrait regarder pour s’assurer que les moins fortunés puissent rester dans leur quartier », indique Christian Savard, de l’organisme Vivre en ville.

Explosion

Entre 2005 et 2015, les revenus médians de ménages dont le code postal se situe dans un quartier résidentiel urbain ont explosé, comme à Pointe-Saint-Charles (+63 %), Saint-Henri (+53 %), Villeray (+43 %), Petite-Patrie (+50 %) à Montréal, ou Saint-Sauveur (+47 %) et Saint-Roch (+43 %) à Québec.

C’est beaucoup plus que la hausse du revenu médian du Québec (+8,8 %) ou du Canada (+10,1 %) pour la même période. Selon M. Savard, cela peut provoquer un exode des familles les moins fortunées vers les quartiers plus éloignés, comme les villes de banlieue.

« Ça vient compléter des informations qu’on a déjà sur la hausse des coûts de loyer dans ces quartiers et sur les inquiétudes des ménages à faibles revenus qui, dans certains cas, se font évincer de leur logement ou font face à des hausses abusives », explique Véronique Laflamme du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Elle souligne toutefois que l’augmentation du revenu médian sur 10 ans ne signifie pas nécessairement l’embourgeoisement d’un quartier, et que des réalités différentes existent au sein d’un même code postal.

Développement

Les experts consultés croient que la construction de nouveaux logements, comme des condos ou des maisons, fait exploser le revenu médian pour une partie du centre-ville de Montréal (+90 % en 10 ans) ou encore d’une périphérie de Jonquière (81 %).

« L’embourgeoisement signifie qu’une nouvelle population plus riche remplace les habitants d’un quartier dans le bâti existant. Si on construit beaucoup de maisons et de condos, on parle de développement », explique Jean-Philippe Meloche, professeur à l’école d’urbanisme de l’Université de Montréal.

Les experts avancent que les plus grosses hausses du revenu médian en banlieue ou en région seraient dues à du développement immobilier, mais aimeraient de meilleures données pour le confirmer.

Saviez-vous que ces endroits ont leur propre code postal ?

Si certains codes postaux n’apparaissent pas à la recherche, c’est parce qu’il y a plusieurs endroits au Québec où il n’y a aucun résident !

  • L’aéroport Montréal-Trudeau
  • Le Complexe Desjardins à Montréal
  • La tour de la Bourse à Montréal
  • L’Assemblée nationale à Québec
  • Le secteur du quartier industriel de Saint-Laurent à Montréal (où se trouve Ikea)
  • La Place Bonaventure à Montréal

 

- Avec Alexandre Rousseau