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Plus de la moitié sont de propriété non québécoise

Hydro-Québec a acheté plus de 325 M$ d’électricité à ces entreprises l’an dernier

ÉOLIENNE
Photo courtoisie

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Plus de la moitié des parcs éoliens présents sur notre territoire appartiennent à des compagnies situées hors Québec, révèlent des données compilées par Le Journal.

Parmi la quarantaine d’entreprises qui ont obtenu de généreux contrats d’Hydro-Québec, plus d’une vingtaine ont leur actionnaire principal hors du Québec. D’autres parcs éoliens sont aussi détenus à 50 % par ces compagnies étrangères ou qui viennent d’ailleurs au pays.

Argent public

En 2016, Hydro-Québec a payé plus de 325 millions $ pour acheter de l’énergie éolienne à des entreprises privées dont le siège social n’est pas au Québec.

Northland Power, Invenergy, Enerfin, Enbridge, Trans­Alta, EDF et NextEra se par­tagent le marché avec de grands joueurs d’ici comme Innergex ou Boralex. Innergex possède cinq parcs avec la pétrolière Trans­­Cana­da, dont le siège social est à Calgary.

« On ne peut pas fermer la porte aux entreprises étrangères qui viennent ici », répond Jean-François Samray, le président-directeur général de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER). Selon lui, les compagnies de chez nous ont pu apprendre grâce à elles.

Du pétrole au vent

La société pétrolière Enbridge de Calgary possède d’importants projets éoliens ici. « Nous n’investirions pas si ça ne valait pas la peine. Les coûts pour ce type d’énergie sont de plus en plus concurrentiels », affirme sa porte-parole Suzanne Wilton.

Enbridge n’a que 5 % de son portefeuille en énergies renouvelables. Elle dit toutefois miser sur ce segment puisque c’est celui qui a connu la croissance la plus rapide au sein de la compagnie.

Contenu québécois

Le chantier éolien de Boralex à Saint-Tite-des-Caps près de Québec lors de sa construction en 2012.
Photo Jean-François Desgagnés
Le chantier éolien de Boralex à Saint-Tite-des-Caps près de Québec lors de sa construction en 2012.

 

Contrairement à d’autres secteurs de l’économie, l’industrie éolienne a dû se plier à un minimum de contenu québécois exigé par des appels d’offres d’Hydro-Québec.

Chacun des projets devait effectuer au moins 60 % des dépenses totales du parc au Québec. Pour les composantes éoliennes, 30 % de la valeur devait venir de la région, une exigence relevée à 35 % aujourd’hui.

« En 15 ans, nous avons bâti une industrie au complet. Il a fallu fabriquer ça de toutes pièces. On a construit des géants québécois capables d’exporter », explique Frédéric Côté, directeur général du Techno­Centre éolien, un centre d’expertise qui soutient le secteur.

Premières Nations propriétaires

Le parc éolien du Québec compte aussi de nombreux projets en partenariat avec les Premières Nations. C’est le cas pour le Secrétariat Mi’gmawei Mawiomi, propriétaire du Parc éolien Mesgi’g Ugju’s’n à 50 % avec la société québécoise Innergex.

Le seul projet à 100 % communautaire au Québec est par ailleurs le Parc éolien Pierre-De Saurel, dont la MRC du même nom est l’unique actionnaire.

L’éolien en chiffres au Québec

  • 5000 emplois
  • 42 parcs
  • 2004 éoliennes
  • Puissance totale : 3918,3 mégawatts
  • Puissance moyenne par éolienne : 1,96 mégawatts

Source : Hydro-Québec

Plus gros projets non québécois

Nom Actionnaire majoritaire  Siège social   Acheté par Hydro en 2016 (M$)
1. Parc éolien de Lac-Alfred  Enbridge  Canada (Calgary)  62 M$
2. Parc éolien dans la MRC de L’Érable  Enerfin  Espagne  42,3 M$
3. Projet éolien Des Moulins  Invenergy   États-Unis (Chicago) 41,9 M$
4. Parc éolien Le Plateau  Invenergy   États-Unis (Chicago) 36,4 M$
5. Parc éolien du Massif du Sud Enbridge   Canada (Calgary) 31 M$

Sources : Association canadienne de l’énergie éolienne, EDF, Enbridge et Hydro-Québec

Le génie éolien d’ici a le vent dans les voiles

De nouveaux fleurons québécois de l’éolien jouent un rôle de plus en plus important à l’étranger en s’imposant parmi les géants mondiaux grâce à leur savoir-faire et leur expertise.

« Nous sommes le premier producteur indépendant de France », se réjouit Julie Cusson, directrice des affaires publiques chez Boralex. L’entreprise a son siège social à Kingsey Falls, au Québec. L’an dernier, son chiffre d’affaires a dépassé les 354 millions $.

Boralex a 27 ans. La société a été cofondée par Bernard Lemaire, de Cascades. Aujourd’hui, elle détient six parcs éoliens dans la province et espère en ouvrir deux autres bientôt.

La moitié des 300 employés de la compagnie travaillent à l’étranger, au Canada, en France et aux États-Unis. L’été dernier, elle a annoncé avoir mis la main sur des sociétés en Écosse. Le Danemark l’attire aussi.

Expertise du québec

Selon Mme Cusson, le génie québécois est d’avoir réussi à exploiter les éoliennes en milieu nordique. Elle cite aussi en exemple Pomerleau, avec sa filière Borea Construction, qui a construit plusieurs parcs éoliens.

Pour elle, les entreprises étrangères ont apporté la technologie et l’industrie québécoise a pu la raffiner. « On ne se gêne pas pour aller à l’étranger : Écosse, Danemark... Alors c’est normal que d’autres viennent ici », laisse tomber Julie Cusson, qui est à la tête des affaires publiques de Boralex.

L’usine de l’entreprise danoise LM Wind Power roule à plein régime à Gaspé.
Photo d'archives
L’usine de l’entreprise danoise LM Wind Power roule à plein régime à Gaspé.

Pluie d’emplois

« Contrairement à ce que les gens pensent, il y a presque autant d’emplois dans le secteur à Montréal qu’en Gaspésie, soit plus d’un millier », précise Jean-Frédérick Legendre, directeur régional de l’Association canadienne de l’énergie éolienne (CanWEA). Le salaire moyen est de 72 000 $, selon CanWEA.

Alexandre Boulay, directeur de l’usine LM Wind Power, est fier d’exporter 100 % de ses palles d’éoliennes au Texas. En moins d’un an, il a dû faire doubler son nombre d’employés pour répondre à la demande, passant de 178 à 460 travailleurs.