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Un agenda peu rempli pour le lieutenant-gouverneur

Certains mois, le représentant de la reine d’Angleterre au Québec n’a qu’une seule sortie

À en croire le contenu de ses agendas, le lieutenant-gouverneur du Québec J. Michel Doyon n’a été que très peu occupé depuis sa nomination, en septembre 2015.
Photo Didier Debusschère À en croire le contenu de ses agendas, le lieutenant-gouverneur du Québec J. Michel Doyon n’a été que très peu occupé depuis sa nomination, en septembre 2015.

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À en croire le contenu de ses agendas, le lieutenant-gouverneur du Québec J. Michel Doyon n’a été que très peu occupé depuis sa nomination, en septembre 2015.

À part les séances de ratification de décrets et de projets de loi du gouvernement rattachées à son rôle symbolique, le représentant de la reine d’Angleterre au Québec n’a parfois qu’une poignée d’événements à son programme, a constaté notre Bureau parlementaire à la suite d’une demande d’accès à l’information.

Certains mois ne comportent pas plus d’une activité. En mars 2016, par exemple, le lieutenant-gouverneur s’est seulement entretenu avec le ministre des Affaires autochtones Geoffroy Kelley afin de « mettre en place la Médaille de reconnaissance aux autochtones ». En août 2016, M. Doyon, qui empoche près de 140 000 $ annuellement, n’a assisté qu’à une journée portes ouvertes à Valcartier.

Au fil des mois, l’agenda du lieutenant-gouverneur est parsemé de cérémonies, cocktails dînatoires, premières de films, tournois de golf, matchs de baseball, funérailles et rencontres diverses. Le constat n’inquiète toutefois pas J. Michel Doyon, qui assure faire tout en son possible pour être proactif et redorer le blason de sa fonction, souvent critiquée (voir autre article).

Une semaine à Londres

S’il voyage peu à l’extérieur de la province, l’ancien bâtonnier s’est tout de même rendu à Londres en février dernier. Durant ce voyage de sept jours, il a visité le palais de Westminster, discuté avec la reine Elizabeth II et obtenu une audience avec le prince Charles. Il a aussi assisté à la projection du film Guibord s’en va-t-en guerre en présence du réalisateur Philippe Falardeau.

Les mois d’avril à juillet ont été les plus occupés, en 2016 comme en 2017, avec au moins une activité par jour. Cette période est marquée par les cérémonies de remise de médailles du lieutenant-gouverneur, qui visent à reconnaître l’engagement social d’un étudiant, l’action bénévole d’un aîné ou le mérite exceptionnel d’un Québécois.

Prédécesseurs

Notre Bureau parlementaire avait révélé en automne 2015 le contenu des agendas des deux dernières années de mandat de l’ancien lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne, en poste de 2007 à 2015. Son emploi du temps était également parsemé de larges trous.

Le passage de sa prédécesseure, de 1997 à 2007, avait quant à lui été marqué par l’excès. L’ex-lieutenante-gouverneure Lise Thibault avait été reconnue coupable de fraude et d’abus de confiance pour avoir injustement réclamé quelque 700 000 $ en remboursement de dépenses auprès des deux paliers de gouvernement.

Surveiller les dépenses

Le lieutenant-gouverneur assure porter une attention particulière aux dépenses liées à sa fonction. Il dit privilégier, par exemple, les allers-retours lorsqu’il se rend à l’extérieur, afin d’éviter de débourser pour des nuitées à l’hôtel. Il assure payer lui-même l’alcool qu’il consomme.

L’an dernier, il se serait lui-même rendu au Costco afin d’acheter et payer de sa poche tout ce qu’il fallait pour servir le déjeuner aux joueurs d’une équipe de baseball cubaine qui venaient le voir.

« Ce n’est pas à l’État de payer ça, soutient-il. Il y en a qui ont fait du laxisme et qui ont payé pour. Le lieutenant-gouverneur doit donner l’exemple, c’est la première chose. »

Salaire du lieutenant-gouverneur

139 400 $ (financé par Patrimoine Canada)

Budget d’exploitation : (incluant les salaires des employés du cabinet)

Financé par le Québec : 748 900 $

Financé par le Canada : 147 372 $

Agenda complet du lieutenant-gouverneur

Décembre 2015 :

► 2 décembre : Visite d’adieu du consul des États-Unis au Mexique, visite de stagiaires, ratification de décret et sanction royale d’un projet de loi.

► 3 et 4 décembre : Sanction royale d’un projet de loi

► 5 décembre : Cérémonie de présentation des certificats – Prix du duc d’Édimbourg

► 6 décembre : Déjeuner-réception pour célébrer le temps des Fêtes

► 9, 16 et 21 décembre : Ratification de décrets

► 10 décembre : Enregistrement de vœux télévisés

► 12 décembre : Cérémonie pour l’ouverture de la Porte sainte

Mars 2016

► 22 mars : Rencontre avec le ministre des Affaires autochtones

► 23 mars : Sanction royale de projets de loi et ratification de décrets

Août 2016 :

► 9, 17 et 24 août : Ratification de décrets

► 20 août : Assermentation de deux ministres

► 27 août : Journées portes ouvertes à Valcartier

► 16 juin 2016 : Tournoi de golf du Barreau

► 2 juillet 2016 : Festival des camionneurs de La Doré

► 16 septembre 2016 : Première du film Juste la fin du monde de Xavier Dolan

► 8 octobre 2016 : Fêtons don la citrouille, à Lévis

► 8 février 2017 : Remise d’une carte de vœux à une citoyenne de 105 ans

► 22 juin 2017 : Tournoi de golf annuel de la 5e Ambulance de campagne

► 6 juillet 2017 : Dîner à bord du navire italien Amerigo Vespucci à Québec

Rendre à la fonction ses lettres de noblesse

Sans mandat précis, un peu laissé à lui-même et conscient des critiques qui méprisent son titre, le lieutenant-gouverneur souhaite tout de même rendre à sa fonction ses « lettres de noblesse ».

« Moi c’est mon objectif, lance sans hésitation J. Michel Doyon, en entrevue à son cabinet. L’institution est là. Je ne peux rien y faire. Je m’appelle lieutenant-gouverneur. Par contre, je me suis dit : fais honneur à la fonction. »

Historien de formation, avocat et ancien bâtonnier, l’actuel lieutenant-gouverneur connaît les défis qui accompagnent son nouveau poste. Réaliste, il peut comprendre que certaines personnes doutent de sa pertinence.

« Quand je l’ai accepté, je savais dans quoi je m’embarquais, assure-t-il. J’acceptais le fait que c’est une fonction qui n’est pas nécessairement aimée. La fonction, pas l’homme. »

Pas de guide

La tâche première du lieutenant-gouverneur consiste à signer des décrets et sanctionner des lois, ce qu’il fait tous les mercredis. Effacé, son rôle est symbolique, constitutionnel, représentatif, caritatif, rappelle-t-il. Et après ?

« Eh bien là, vous êtes obligé de créer vous-mêmes, lance-t-il. Ce n’est pas écrit, ça. Il n’y a pas de manuel du lieutenant-gouverneur. C’est au lieutenant-gouverneur lui-même de décider ce qu’il veut faire. C’est pour ça que moi, j’essaie d’être le plus présent possible partout. »

Initiatives

Ses agendas témoignent toutefois du contraire. Certains mois ne sont marqués que d’un seul événement pour le lieutenant-gouverneur. Le principal intéressé ne s’en formalise pas et réitère qu’il se tient occupé.

Actuellement, soutient-il, il travaille à l’élaboration d’un colloque sur le parlementarisme de 1763 à 1871. Prévue en janvier prochain, l’activité sera gratuite et ouverte à la population. Depuis deux ans, il planche aussi sur la mise en place d’une Médaille de reconnaissance aux autochtones.

J. Michel Doyon dit se faire un devoir d’aller à la rencontre des gens et d’écouter leurs histoires, que ce soit lors des cérémonies de remises de médailles du lieutenant-gouverneur, dans le cadre d’événements protocolaires ou lors des conférences sur le droit qu’il donne à des élèves du secondaire, en partenariat avec Éducaloi.

« Demandez aux gens ce que fait un lieutenant-gouverneur, 90 % ne le savent pas, reconnaît-il. Sauf que quand je vais les voir, les gens se sentent très honorés, et ça, ça m’a toujours surpris.