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Djemila Benhabib répond à Jean Tremblay

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay
Photo Stevens LeBlanc Le maire de Saguenay, Jean Tremblay

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Alors que Jean Tremblay, maire de Saguenay, s'apprête à quitter la politique municipale, le voilà qui revient sur ses déclarations me concernant lors de la campagne électorale de 2012. En gros, cet intégriste catholique ne regrette rien de ses propos. Il soutient qu'il n'a fait qu'exprimer son opinion. Vraiment?

Dans l'édition de vendredi du Journal de Québec, il y a un rappel des faits. On y lit:

«En août 2012, Jean Tremblay fait une sortie en règle contre la candidate péquiste Djemila Benhabib dans la foulée de la charte de la laïcité proposée par le Parti québécois, en s’en prenant notamment à ses origines algériennes et au fait qu’il n’est “pas capable de prononcer son nom”.»

Ce qu’il en pense aujourd’hui:

«Je redirais encore la même chose. C’est sûr. Je suis catholique et je crois en Dieu. Non seulement je [le] dirais encore, mais je vais le dire encore. Elle, elle avait le droit de dire: “Décrochons les crucifix”, mais moi, je n’aurais pas le droit de réagir? J’ai droit à mon point de vue. Son nom venait de sortir, c’était dur à dire, ce nom-là, et j’ai encore de la misère à le dire.»

Deux choses à ce sujet.

Ce qui est reproché à Jean Tremblay, ce n'est certainement pas le fait qu'il ait exprimé son opposition au retrait du crucifix de l'Assemblée nationale. Il a le droit à son opinion comme l'ensemble des citoyens du Québec. Par ailleurs, là où il a carrément dérapé, c'est lorsqu'il s'en est pris à mes origines. Cette façon méprisante de rabaisser une personne se présentant à un poste électif en s'attaquant à ses origines est du racisme et de la xénophobie. C'est cela qui est condamnable.

Finalement, je ne peux me rappeler ce douloureux épisode qu'en remerciant, d'abord, les citoyens de Saguenay qui ont tenu un rassemblement à la mairie pour dénoncer les déclarations du maire de leur ville, scandant mon nom et portant une immense banderole auréolée de ce dernier. Je me souviens aussi que la réaction de l'opinion publique avait été très vive et solidaire de ma condition. Ce qui m'a aidée à aller jusqu'au bout de ma mission avec dignité et détermination.

Surtout, je voulais éviter de mettre de l'huile sur le feu. Je me suis tue. Car tout pouvait déraper très vite lors de cette campagne électorale. Fait exceptionnel (surtout lors d'une campagne électorale), les partis politiques ont dépassé leur partisanerie habituelle. En effet, le PQ, la CAQ et QS ont dénoncé avec véhémence les propos du maire.

Une seule ombre au tableau, le PLQ n'a jamais condamné les propos racistes et xénophobes de Jean Tremblay à mon endroit. Même pendant le débat des chefs, lorsque la question a été explicitement soulevée. Jean Charest a affiché une grande ambiguïté. Je le regrette vivement, convaincue que, face au racisme, la partisanerie n'a pas lieu d'être.

Djemila Benhabib, candidate du Parti québécois en 2012