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Référendum catalan: 10 différences avec le Québec

Cette femme allu­mé hier l’une des 82 000 bougies qui ont servi à façonner le drapeau de la Catalogne indépendante.
Photo AFP Cette femme allu­mé hier l’une des 82 000 bougies qui ont servi à façonner le drapeau de la Catalogne indépendante.

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Quand des Catalans apprennent que je viens du Québec, ils sont portés à comparer les deux situations. J’imagine que c’est votre cas aussi.

Voici, à mon humble avis, les 10 plus importantes différences :

1. Ottawa reprochait un tas de choses à la démarche référendaire québécoise, mais ne s’opposait pas à sa tenue. Comme le Québec était entré, tel quel, dans la Confédération, il pouvait donc, tel quel, en sortir. En Espagne, Madrid ne reconnaît pas aux Catalans le droit de décider seuls de leur avenir. Les coups de massue de Madrid, ces derniers jours, sont sans équivalent chez nous. Oui, Trudeau père a imposé la Loi des mesures de guerre, mais nous n’étions pas dans un contexte référendaire.

2. Depuis 2010, Madrid s’adresse systématiquement au Tribunal constitutionnel pour faire établir l’illégalité de la démarche catalane. Au Canada, ce n’est qu’après avoir frôlé la défaite en 1995 que le gouvernement Chrétien s’est tourné vers la Cour suprême pour qu’elle change les règles du jeu à son avantage. Mais il s’est fait dire que la souveraineté était un objec­tif légitime et qu’il devrait négocier s’il y avait une majorité claire à une question claire. La Catalogne est à des années-lumière de cela.

3. La question du référendum catalan est simple et directe : « Voulez-vous que la Catalogne devienne un État indépendant sous forme de République ? » Les questions québécoises de 1980 et 1995 étaient inutilement longues et compliquées.

4. En Catalogne, l’idée d’indépendance a longtemps été marginale. C’est seulement en 2010, après que le Tribunal constitutionnel, dont les membres sont nommés par le roi d’Espagne, eut déclaré partiellement inconstitutionnel un élargissement des pouvoirs du gouvernement catalan, pourtant adopté par le Parlement central à Madrid et entériné par un référendum en Catalogne, que le sentiment indépendantiste catalan a décollé. Au Québec, l’indépendance est une vieille idée que l’on retrouvait déjà chez les Patriotes de 1837-1838.

5. La Catalogne est la région la plus dynamique et la plus riche d’Espagne, ce qui n’est pas le cas du Québec au sein du Canada. Elle envoie plus d’argent à Madrid que ce qu’elle reçoit. C’est beaucoup moins clair dans le cas du Québec. La richesse de la Catalogne explique sans doute qu’on entend moins de discours apocalyptiques sur l’impact économique de l’indépendance.

6 En Espagne, il y a également un fort sentiment autonomiste au Pays basque. Nombre de gens voudraient aussi que l’Espagne évolue vers un système fédéral. La crainte d’un effet de domino dans le reste du pays explique en partie la rigidité de Madrid. Au Canada, le cas du Québec est vraiment unique.

7 Au Québec, on ne peut nier que Jacques Parizeau et Lucien Bouchard étaient des figures charismatiques d’une dimension exceptionnelle. En Catalogne, Carles Puigdemont est brillant et il a des nerfs d’acier, mais il n’a vraiment pas l’air d’une figure historique.

8. Pendant des décennies, les souverainistes québécois ont réfléchi à la question de la monnaie d’un Québec souverain. Monnaie québécoise ? Garder le dollar canadien ? Dollar américain ? En Catalogne, la question va de soi : une Catalogne indépendante garderait l’euro comme devise, même si l’Union européenne, déjà fragilisée, préférerait clairement que la Catalogne reste au sein de l’Espagne.

9. Avant le référendum québécois de 1995, quelques excités, dans l’ouest de l’île de Montréal, prônaient le morcellement du territoire québécois advenant un oui, et le rattachement au Canada des régions qui le souhaiteraient. C’était absurde. Le droit international prône la règle uti possidetis juris (tu gardes ce que tu possédais) : un nouvel État conserve les frontières qui étaient les siennes avant sa souveraineté, sauf si un conflit armé en décide autrement. Quant au droit à l’autodétermination des Autochtones, il ne va pas jusqu’à la création de pays qui seraient trop peu peuplés pour être viables. Imaginez ce qui pourrait survenir dans les pays où il y a beaucoup de petites nations autochtones, comme les États-Unis, l’Australie ou le Brésil. Il n’y a rien de tel en Catalogne.

10. Lors du référendum de 1995, le président de la France Jacques Chirac, avait dit que la France reconnaîtrait la souveraineté du Québec advenant un oui majoritaire. Ce signal aurait fait boule de neige. Les souverainistes catalans n’ont pas d’appuis officiels déclarés hors de leurs frontières pour le moment. Quand Carles Puigdemont a fait sa tournée européenne, aucun officiel élu de premier plan n’a accepté de le rencontrer.

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