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Lavez bien ces jeunes cerveaux !

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Photo Pascal Huot

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Il n’y a pas que chez nous qu’on réécrit les manuels scolaires d’histoire en y gommant les aspects sombres au nom d’un « vivre-ensemble rassembleur­­­ ».

En France, l’historienne Barbara Lefebvre vient d’examiner les nouveaux manuels d’histoire du niveau secondaire approuvés par le ministère de l’Éducation, en particulier leur présentation de la civilisation arabo-musulmane.

Son verdict : la vérité historique cède devant un cocktail apologétique et javellisé de faussetés, demi-mensonges, approximations et omissions, toujours pour ne pas heurter les susceptibilités.

Manipulation

Elle a livré ses résultats dans un entretien récent sur le site Figaro Vox.

Elle note d’abord la volonté ouvertement exprimée par les autorités de mettre au premier plan « les contacts pacifiques », indéniables, entre l’Occi­dent et le monde arabe, pour faire silence ou presque sur « les contacts belliqueux ».

Bref, ce qu’il s’est réellement passé devient moins important que le « comment-il-faut-lire-le-passé ».

La célèbre bataille de Poitiers, en 732, où Charles Martel stoppa l’inva­sion arabe venue de l’Ouest, n’est plus qu’une anecdote ou disparaît carrément.

On insiste lourdement sur l’« ami­tié » entre Charlemagne et le calife Haroun al-Rashid, qui était purement tactique.

Mahomet est présenté comme un marchand visité par un ange qui fonde une communauté religieuse et celle-ci s’étend ensuite sans difficultés particulières. Il n’y a presque rien sur les guerres de conquête (le djihad) et la violence avec laquelle on traitait ceux qui osaient résister à cette avancée. On ne dit pas que ces guerres avaient pour but explicite d’imposer de force une nouvelle religion.

Pas un mot sur le fait que la fusion du religieux et du politique est présente dès la naissance de l’islam. Est-ce pour ne pas donner une clé pour l’interprétation du présent ?

Par contre, on beurre épais sur la violence indéniable des Croisades chrétiennes et sur les Espagnols qui se battirent « violemment » pour expulser les envahisseurs arabes de chez eux.

On lit que les califes musulmans « développèrent » des villes. Or, Alexandrie, Le Caire, Jérusalem, Damas­­­ étaient plutôt des villes pré­islamiques, conquises et islamisées. C’est plus qu’une nuance.

Les manuels, note Lefebvre, s’appuient souvent sur des sources musulmanes non critiques. C’est comme si on écrivait une histoire du catholicisme en prenant surtout des documents du Vatican.

Les découvertes scientifiques faites dans la civilisation arabe médiévale sont utilisées, poursuit-elle, pour favoriser l’image d’un islam avancé et lumineux.

C’est comme si l’on disait que la physique moderne doit beaucoup au judaïsme parce qu’Einstein était juif.

Cerveaux

On s’étend longuement sur ce que les Arabes ont apporté à l’Occident, mais très peu sur ce que l’Occident a apporté aux Arabes.

Silence presque complet sur les 17 millions d’esclaves noirs vendus par des marchands arabes, pendant 13 siècles, parmi lesquels beaucoup de jeunes filles utilisées à des fins sexuelles, sans qu’on ait vu poindre des mouvements abolitionnistes comme il y en a eu en Occident.

Mais qu’importent les faits quand il s’agit de reconfigurer la pensée des jeunes...