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Legault dans les mythes

Legault dans les mythes
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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François Legault travaille fort actuellement pour mobiliser les mythes fondateurs du Québec. Aide-t-il ainsi vraiment le Québec ?

À son aile jeunesse, en fin de semaine, le chef caquiste a lancé le défi de provoquer une « nouvelle Révolution tranquille ».

La semaine dernière, il se désolait publiquement de l’abandon par Philippe Couillard des projets de grands barrages hydroélectriques.

Toutes les sociétés ont leurs mythes fondateurs que tous les politiciens cherchent à exploiter. Aux États-Unis, peut-il y avoir un discours clé, pendant une campagne, sans qu’on entende un candidat faire référence au « rêve américain » ?

Au Québec, François Legault a raison, la Révolution tranquille et les barrages sont cruciaux.

Disque usé

Toutefois, le disque commence à être usé.

Bernard Landry et Lucien Bouchard invoquaient souvent de la Révolution tranquille (RT).

Jean Charest aussi — les mythes fondateurs sont transpartisans —, surtout après qu’il eut abandonné le concept de réingénierie.

Quant au mythe un peu plus rouge des barrages — qui vient de Robert Bourassa —, Charest en a beaucoup usé. Après lancement de La Romaine, le PLQ l’avait même sacré « grand bâtisseur » dans la lignée de vous savez qui.

Nos mythes peuvent stimuler. Lorsqu’on fait référence à la Révolution tranquille, par exemple, on cherche à stimuler l’imagination des citoyens et des électeurs, à les convaincre qu’on peut agir, changer le Québec pour le mieux.

Invoquer la Sainte-RT pose toutefois un certain nombre de problèmes aujourd’hui.

Noircir le passé et faux espoirs

D’une part, comme toute histoire révolutionnaire, elle noircit à l’excès l’« ancien régime », qui prend la forme d’un immense repoussoir. La mémoi­re devient manichéenne.

Dans cette perspective, le passé lointain n’a plus rien à nous apprendre et, quand on l’invoque, on en exige une version épurée conforme aux valeurs actuelles (d’où l’épidémie de révisionnisme : on déboulonne des statues, on rebaptise les rues).

D’autre part, invoquer la Sainte-RT crée de faux espoirs. Au sens où l’on donne l’impression qu’on peut reproduire à volonté en politique l’enthousiasme d’une époque bien particulière, les années 1960, où tout était à construire : systèmes scolaire et de santé, aide sociale, dévelop­pement culturel, entre autres.

Or, bien que le Québec ait encore à construire, il a surtout besoin de beaucoup d’entretien. En grande partie de ces mêmes systèmes et infrastructures construits à l’époque de la Sainte-RT.

Le Québec d’aujourd’hui fait aussi face à des phénomènes démographi­ques inverses de ceux des années 1960, notamment un vieillissement rapide de sa population active.

Aussi, la RT peut être mauvaise conseillère pour le présent. Pour M. Legault, il s’agit de promettre, encore une fois, « une autre baie James », même si nous avons de considérables surplus énergétiques.

Les rivières qui pourraient accueillir de grands barrages sont tellement éloignées que le coût de l’électricité qu’on y produirait serait probablement trop élevé.

Et exporter de l’électricité chez nos voisins canadiens ou américains ne se fait pas en criant le mot « ambition », comme semble le croire M. Legault. Il pourrait donc faire un meilleur usage de nos mythes.