/opinion/columnists
Navigation

Joseph Facal en Catalogne: la honte

Un Catalan offre un œillet à un policier de la Garde civile.
Photo AFP Un Catalan offre un œillet à un policier de la Garde civile.

Coup d'oeil sur cet article

Mais à quoi le premier ministre Rajoy a-t-il pensé ? Comment a-t-il pensé ? A-t-il même pensé ?

Il perd sur tous les tableaux : il n’a pu empêcher le vote et il s’est discrédité dans le monde entier.

Mais on aura le temps de spéculer sur la suite. L’essentiel est ailleurs.

C’est quoi l’essentiel ?

Citoyens

Dimanche, l’essentiel n’était pas la souveraineté ou non de la Catalogne. On n’en parle plus depuis des jours.

L’essentiel est que des millions de personnes tranquilles, sereines, pacifiques se sont levées dimanche matin, désireuses de s’exprimer en faisant une croix sur un morceau de papier.

Beaucoup ont pu le faire, comme je le décris dans mon autre article.

D’autres ont fait connaissance avec des balles en caoutchouc et des matraques. Du sang a coulé. On les a traînées par les cheveux. On les a évacuées sur des civières.

Parmi elles, beaucoup de personnes âgées.

Devant les lieux de votation, ce n’étaient pas des Black Bloc masqués, armés, agressifs, n’attendant qu’une occasion d’en découdre avec la police.

C’étaient des gens comme vous et moi, parfaitement ordinaires, de tous les âges, de toutes les classes sociales.

Je répète : ces gens voulaient... voter... ou protéger des urnes. Quel crime !

Censure

À la limite, Madrid aurait pu les laisser voter en disant d’avance qu’on ne reconnaîtrait pas le résultat.

Mais les frapper, saisir des urnes ?

Inqualifiable, irresponsable, indigne, honteux, répugnant, complètement injustifié.

Nous ne sommes pas ici dans une république de bananes, mais dans la patrie de Picasso, de Goya, de Salvador Dali, de Cervantès, un des pays qui a le plus contribué à forger la civilisation occidentale.

La violence d’État est parfois la réponse nécessaire à la violence de fractions de la société civile.

Mais la violence d’État n’est jamais la réponse à des citoyens tranquilles et pacifiques qui ont pour seul « tort » de ne pas penser comme vous.

Ce n’étaient pas deux armées qui se faisaient face.

Il y a des tas de Catalans opposés à la souveraineté et à la tenue d’un référendum. Mais je n’en ai rencontré aucun dimanche soir qui m’ait dit être fier de ce que la police a fait, une police qui, évidemment, n’a fait qu’obéir aux ordres de ses maîtres politiques.

Sur la première chaîne publique espagnole, on ne montrait pas ces images. De la censure pure et simple.

Les mêmes commentateurs que d’habitude placotaient sur « l’illégalité » du référendum, comme ils le font soir après soir, sans le moindre recul critique sur le système politique espagnol.

Gâchis

Ces événements feront un tort immense à l’image et à la réputation de l’Espagne.

C’est beaucoup, beaucoup plus grave qu’un petit œil au beurre noir auquel on peut répondre par une campagne de relations publiques.

C’est une crise institutionnelle gravissime.

Politiquement autiste, radicalement déconnecté du sentiment populaire dans une Catalogne qu’il n’a jamais cherché à comprendre, Mariano Rajoy est non pas le seul, mais le principal responsable de ce gâchis complet.

Le FC Barcelone joue dans un stade vide

Le FC Barcelone a fermé dimanche les portes de son stade de 99 000 places pour souligner la tenue du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, faute d’avoir obtenu le report du match qui l’opposait à Las Palmas. Il s’agit d’une première pour l’équipe depuis 1925, selon le journal sportif As, qui a joué devant des estrades vides. La Fédération de football de la Catalogne avait annoncé le report des événements sportifs à partir de 14 h, a rapporté le journal l’Équipe. La police de la Catalogne, qui était la seule maître de la décision, n’a pas annulé le match. « [Le huis clos] était très bizarre, ce n’est clairement pas habituel, mais les événements du jour ont conditionné ce match », a résumé le milieu catalan Sergio Busquets. L’ambiance était tout autre au stade Santiago-Bernabeu à Madrid où le Real a enfin décroché sa première victoire de la saison à domicile. De nombreux partisans y ont brandi des drapeaux espagnols et scandé « Viva España » en allusion à la situation catalane.

Appel à la grève générale en Catalogne

Une quarantaine d’organisations syndicales, politiques et sociales de Catalogne ont lancé dimanche un appel à la grève générale dans la région pour mardi, en réaction à l’intervention de l’État espagnol pour empêcher le référendum d’autodétermination interdit. « Nous appelons toute la société, les organisations patronales, les chefs d’entreprise, les syndicats, les travailleurs, les indépendants, les institutions et tous les citoyens de Catalogne à un arrêt du “pays” le mardi 3 octobre », ont écrit ces organisations dans leur communiqué.

Google accusé de s’être mêlé du référendum

Le géant américain Google est accusé de s’être immiscé dans la campagne en supprimant une application qui permettait de localiser les bureaux de vote, ont rapporté de nombreux médias européens. L’application « On Votar 1-Oct », qui était disponible sur la plateforme Google Play, a été supprimée à la demande de la justice espagnole, qui estimait qu’elle était contraire à l’arrêt rendu par le Tribunal constitutionnel espagnol, le 12 septembre, qui a interdit le référendum, a rapporté la chaîne BFMTV. Le président séparatiste catalan, Carles Puidgemont, avait lui-même fait la promotion de cette application. « Est-ce que l’Espagne devient comme la Chine et d’autres pays qui font des choses pareilles ? Honte à toi Google », s’est indigné un utilisateur catalan de la plateforme de microblogage.