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Grave blessure à l’œil pour un hockeyeur malgré sa visière

Des experts croient que l’on devrait imposer une grille complète aux joueurs

Guillaume Pelletier
Photo Joe Labrie Le joueur des Maroons de Waterloo de 24 ans, Guillaume Pelletier, ne sait toujours pas s’il retrouvera la vision dans son œil droit après avoir reçu un coup de bâton, le 15 septembre.

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Deux semaines après avoir reçu un coup de bâton, un jeune hockeyeur ne sait toujours pas s’il pourra retrouver l’usage de son œil droit et veut maintenant sensibiliser les autres joueurs à l’importance de mieux se protéger.

« Au hockey, tu te penses invincible et tu crois que rien ne peut arriver. Les yeux, tu en as besoin. Et je peux maintenant dire que c’est toujours mieux prévenir que guérir », dit Guillaume Pelletier, dont la visière n’a pas été suffisante pour mettre ses yeux à l’abri d’un bête accident.

C’est dans une séquence tout à fait anodine que l’attaquant des Maroons de Waterloo a été gravement blessé lors un match préparatoire de la Ligue de hockey senior AAA du Québec, le 15 septembre dernier.

Il s’apprêtait à tirer au but lorsque le défenseur a soulevé son bâton. Dans le même élan, la lame du bâton du joueur adverse est allée frapper l’œil droit du joueur de centre, sous la visière.

Blessure sérieuse

Guillaume Pelletier
Photo courtoisie
Guillaume Pelletier

« Dès que je suis tombé, j’ai su que c’était sérieux. Dans les premières heures, je devais garder les deux yeux fermés, comme si j’étais aveugle », se remémore Guillaume Pelletier, qui est devenu père il y a quelques jours.

En raison de la gravité de sa blessure, les médecins ne sont pas encore capables de se prononcer à savoir si le jeune homme de 24 ans retrouvera la vision.

Si jamais il rechausse un jour ses patins, Guillaume Pelletier le fera avec une grille complète afin de se protéger, comme le recommandent plusieurs experts. Il espère que sa malchance inspirera d’autres hockeyeurs à emboîter le pas.

« Une demi-visière, c’est une fausse protection. Des accidents impliquant les yeux ne surviennent pas régulièrement. Mais lorsque ça arrive, ce sont toujours des blessures graves, et même si la vision finit par revenir, on parle de séquelles importantes », affirme Francine Mathieu-Millaire, une ophtalmologiste d’expérience qui voudrait que la grille complète soit exigée.

Du chemin à faire

Le port de la demi-visière est obligatoire dans la Ligue nationale de hockey (LNH) seulement depuis la saison 2013-2014. Elle l’est également du côté de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), tandis qu’Hockey Québec impose le port d’un protecteur facial complet.

« Médicalement parlant, la protection faciale complète devrait être obligatoire, indique Richard Blanchet, médecin spécialiste du sport. Oui, la demie-visière diminue légèrement le risque de blessures, mais il y a tellement de situations où ce n’est pas efficace. »

Selon lui, les joueurs prennent trop de risques et devraient faire appel à leur « sens logique ».

« C’est mieux que c’était auparavant, mais il y a encore du chemin à faire », estime le Dr Blanchet.

« Si les joueurs professionnels montraient l’exemple, ça enverrait un très bon message », croit de son côté Francine Mathieu-Millaire, qui voudrait que cette blessure puisse relancer le débat du port obligatoire de la grille complète au Québec.

Une grille difficile à imposer

Même si un de leurs joueurs vient d’être gravement blessé, les dirigeants des Maroons de Waterloo estiment qu’il serait difficile d’imposer le port d’une grille complète.

« C’est leur choix. C’est du hockey senior. À leur âge, ils sont assez vieux pour prendre la meilleure décision. Mais peut-être qu’une telle situation peut leur permettre de changer d’idée », croit Daniel Roy, le propriétaire des Maroons.

Même son de cloche du côté de l’entraîneur-chef de l’équipe, Miguel Fortin, qui rappelle que les accidents sont rares.

« C’est aux gars de se conscientiser, mais le risque est toujours présent », admet-il.

Selon l’entraîneur, bien que la Ligue de hockey senior AAA du Québec soit « plutôt robuste », il n’est pas mal vu de porter une grille complète.

« La protection, c’est important. Si je vois un joueur avec une grille, jamais on ne va penser qu’il est un peureux ou quelque chose comme ça », croit M. Fortin.

Moment inquiétant

Le hockey est devenu moins important pour les Maroons lorsque Guillaume Pelletier a subi sa grave blessure en plein match.

« C’était un moment très inquiétant, raconte Miguel Fortin. On avait vraiment hâte que la période finisse pour aller prendre des nouvelles de Guillaume. Ça a été très difficile de garder le focus sur le match, car nos pensées étaient vers lui. »

Selon ce dernier, « le hockey prend le bord » et « c’est vraiment la personne qui est importante dans des cas comme ça ».

« Les yeux, c’est ce qu’on a de plus précieux. Une fracture ou une coupure, ça guérit, mais les yeux, on en a juste une paire », rappelle Daniel Roy.